Le passif agressif nous pousse à bout

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Le passif agressif nous pousse à bout

20 janvier 2019 Bien Etre 3

Le passif agressif peut nous rendre fou!

Vous en avez forcément déjà croisé. Toujours d’accord avec vous dans un premier temps, souriants, avenants, mais dès qu’il y a un problème, quoique vous fassiez, il n’y a pas moyen de trouver de solutions. Ils n’ont jamais rien fait, dans le déni, ils ont l’art d’esquiver la confrontation et de pousser leur entourage à bout. Bref une agressivité réelle mais masquée. Décryptage de ce trouble de comportement et voir de la personnalité.

La passivité agressive se retrouve dans les discussions au travail, dans les conflits de couple ou de famille. 

Si vous êtes une personne directe et transparente, attention le passif agressif (PA) risque de vous pousser à bout!

Une méfiance exacerbée

Un comportement peut être qualifié de passif-agressif (PA) quand, par le silence, l’indifférence affichée et la distance, le besoin de relation et les demandes de dialogue de l’interlocuteur sont clairement ignorés. 

Ce comportement témoigne souvent d’une colère sous-jacente à la place d’une verbalisation. Est-ce une pathologie, un trouble de la personnalité ou un simple trait de caractère ? Il n’y a pas une seule réponse. La passivité agressive est déjà un trait de caractère, présent en chacun de nous à des degrés variés, qui peut devenir une pathologie chez certains. Celle-ci se traduit notamment par une communication indirecte et une méfiance à outrance à l’égard de son entourage qui, tôt ou tard, épuise tout interlocuteur de bonne volonté. 

Comment identifier le passif agressif ?

C’est le monde des non-dits, des rancœurs, des certitudes et des sourires en coin. Quand il veut obtenir quelque chose, le PA fait passer ses messages indirectement et exprime rarement sa demande clairement. 

 

La passivité agressive peut s’exprimer de 3 manières différentes:

Certains ont un sentiment de persécution, de supériorité sous des airs modestes, un grand self-control et une forte susceptibilité.

D’autres se referment sur eux-mêmes et nient radicalement l’importance de la situation.

D’autres encore  usent de la passivité agressive comme d’une provocation.

Imaginez un couple en train de déjeuner. Très vite, le ton monte. La femme, impassible, s’affère et ne répond pas (ou peu) aux invectives de son compagnon. Plutôt que de dire ses « quatre vérités » à l’autre, et de s’engager dans un échange constructif, elle se dérobe. Et déplore le comportement de son conjoint, le culpabilise. Face à son silence horripilant, l’interlocuteur perd patience et sort de ses gonds. 

Et malheureusement, cela va alimenter la conviction pour le passif agressif que c’est lui qui est agressé et la victime.

Naît-on passif agressif?

Ce comportement récurrent découle à l’origine d’atteintes narcissiques précoces qui peuvent avoir des conséquences désastreuses sur le rapport aux autres et à soi. Ces blessures, qui remontent à l’enfance, peuvent être d’ordre multiple: un deuil, un parent tyrannique, un environnement familial qui place trop de responsabilités sur les épaules d’un enfant. Cette souffrance va se transformer en rancœur ou en colère réprimée, et pousser l’individu à mettre en place des mécanismes de défense contre tous ceux qu’il considère -souvent à tort- comme agressifs, ou figures d’autorité. A l’âge adulte, le sujet continue de décrypter les situations actuelles à la lumière des expériences dévastatrices passées, et projette sur l’autre des traits qui ne lui appartiennent pas. Ainsi, plutôt que de subir, il fait subir. 

Les personnes narcissiques cacheraient une faible estime de soi

Glen Gabbard suggère que les troubles narcissiques se divisent en 2 catégories. 

Le type « inconscient », le plus connu, qui est grandiose, arrogant et insensible.

Le type « hypervigilant », le moins connu, est facilement blessé, hypersensible et honteux. Il neutralise la dévalorisation en voyant les autres injustes. En d’autres termes il ne se défend pas contre la dévalorisation, il en est obsédé. 

Ainsi le narcissisme est avant tout une incapacité à se voir tel que l’on est, et au contraire à se voir tel que l’on s’imagine. Il est assez rare que des personnes se présentent pour chercher une thérapie à leur trouble narcissique. Les peurs subconscientes d’exposition et d’inadéquation causent souvent un dédain défensif du processus thérapeutique.

Sommes-nous tous des PA en puissance?

Le souhait d’éviter les conflits et de contourner les obstacles est très répandu et présent en chacun de nous, à des degrés différents. Avant de coller des étiquettes à tout va sur le front des passifs-agressifs, il faut admettre que nous avons tous tendance, dans certaines situations, à ne pas prendre les conflits à bras-le-corps. En revanche, on ne devient un PA à part entière que lorsque ce comportement est récurrent, voire systématique. 

Victimes ou bourreaux?

On ne peut pas incriminer un PA pour son comportement, car celui-ci n’est que semi-conscient. La passivité agressive est un handicap psycho-social, dont les PA sont les premiers à faire les frais. En bref, s’ils agissent de façon déroutante, il n’y a rien de personnel. Ils ne le font pas « totalement » exprès. La question ‘est-ce conscient?’ taraude souvent leurs partenaires. Tout dépend de la sensibilité à l’autre, de la réceptivité à son bien-être ou, au contraire, à son mal-être. Le plus important? Voir si la plainte est entendue et si la personne fait des efforts

Sont-ils lâches?

Parce qu’il fuit la confrontation, le PA va se trouver de multiples excuses et faire des « tentatives d’évitement ». Il est davantage « coupable » dimmaturité que de lâcheté. Le PA est incapable de mesurer l’impact de ses actes sur son entourage. Au lieu d’émettre un jugement hâtif sur son comportement, il vaut mieux croire qu’il agit de la sorte parce qu’il a peur (de souffrir, d’être utilisé, déstabilisé, etc.) ou parce qu’il ne connaît pas d’autres façons d’agir.  

L’une des causes de son attitude s’enracine dans son manque de confiance en soi. Le drame des personnes au narcissisme meurtri est qu’elles n’ont pas les assises suffisantes pour douter d’elles-mêmes avec assez d’assurance. Résultat: soit elles refusent la divergence d’opinion et deviennent totalement hermétiques aux autres ; soit elles sont trop perméables, et ont une propension excessive à se culpabiliser, ce qui ouvre une brèche large comme une autoroute aux manipulateurs. 

Quel impact a-t-il sur autrui?

Son silence et ses non-dits deviennent vite irritants, épuisants. C’est le sentiment de n’avoir personne au bout du fil qui prédomine. Son interlocuteur s’épuise à essayer de créer un lien relationnel, à chercher la solution à un problème, à vouloir avancer dans divers projets, tandis que le PA, lui, freine des quatre fers. L’autre se vit comme quelqu’un à qui on ne veut pas ou ne peut parler. Il pressent une méfiance à son égard, dont il ne peut se défendre. L’exaspération, l’irritation, les larmes de l’autre ne l’émeuvent pas et mènent souvent à une surenchère de la douleur. Et n’ont comme effet que de recharger le narcissisme de celui ou celle qui passe à l’acte dans le dédain ou l’ignorance des besoins de l’autre.

La relation de couple avec un passif agressif est-elle vouée à l’échec?

Non, mais elle promet d’être un parcours du combattant. Et pour cause: la passivité agressive peut faire obstacle aux trois piliers du couple -le « partage d’âme à âme », la « communion des corps » et l' »implication des coeurs ». Si la relation d’amitié entre les conjoints se désagrège ou se fragilise, la libido, fatalement, s’amenuise. « L’un et l’autre sont de plus en plus écoeurés par l’attitude de l’autre. Au fur et à mesure des déceptions, l’espoir d’une amélioration disparaît et les sentiments amoureux s’usent jusqu’à ce que la séparation se profile à l’horizon. 

Attention, donc, à ne pas confondre l’absence de conflit avec un bon équilibre relationnel. C’est plutôt un statu quo stérile. En faisant l’impasse sur des besoins inassouvis et en taisant des reproches, n’est-on pas en train de se soumettre au diktat de l’autre? La relation de couple avec un PA a aussi de bons côtés. Vivre avec ce type de personnes peut amener à affiner sa connaissance de soi, à devenir fin observateur, à développer son empathie et formuler des demandes concrètes à l’autre.

La passivité agressive est-elle une violence psychologique?

Il s’agit plutôt d’une violence sournoise, très difficilement identifiable, car beaucoup plus insidieuse, sans coups ni insultes. « La « destructivité » est saupoudrée par fines touches, faites de petits riens. Elle est sans injure mais injurieuse, et méprisante. Elle se traduit par l’ignorance de l’autre, l’indifférence. L’agression est pourtant réelle et récursive.

Face au passif agressif, comment tenir le coup?

Il existe deux méthodes principales: la première, surnommée la « stratégie du faux naïf », consiste à jouer le jeu du PA et requiert une immense capacité d’écoute et de maîtrise de soi. Le but est d’identifier l’incohérence des excuses données par le PA, de démonter ses arguments sans moralisme ni jugement, et de tenter, ainsi, de lui faire entendre raison. La seconde, quant à elle, est la communication non violente (CNV). La CNV est bien plus qu’une simple technique, c’est un art de vivre. Elle correspond à la recherche d’une relation bienveillante avec l’autre et à une façon particulière de communiquer, en trois volets: l’observation des faits, l’expression des sentiments, des besoins, et la formulation d’une demande. 

Le passif agressif peut-il « guérir »?

Il est difficile de condamner définitivement une personne et il faut croire à la possibilité d’une guérison pour chacun. Pour autant, il faut beaucoup de temps pour qu’une conscience s’ouvre. C’est au moment d’une thérapie que de nombreux patients sont pris en flagrant délit de passivité agressive: le thérapeute aide alors la personne à prendre conscience de ses blocages, à les identifier, puis l’encourage à s’assouplir.

Tiré de l’article de Rebecca Benhamou et de l’interview de 3 experts (Isabelle Levert, psychologue clinicienne et psychothérapeute, Hervé Magnin, psychothérapeute cognitiviste et Anne van Stappen, docteur en médecine et formatrice en communication non violente) – adaptations sous la responsabilité de @prisme

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3 réponses

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