la théorie de l’attachement

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la théorie de l’attachement

2 novembre 2019 psychologie 0

 

La théorie de l’attachement 

Tiré du livre de JohnBowlby (1979) : Amour et rupture : les destins du lien affectif (Série de conférences – 1er article en 1958) 

La théorie de l’attachement permet de mieux comprendre les problèmes relationnels des adultes, des parents et bien sur des enfants, puisque tout commence dans l’enfance. John Bowlby est un psychanalyste et pédopsychiatre anglais renommé (1907-1990). Ouvert aux approches cognitives et humanistes, il explique tout le bien fait de l’éthologie (étude du comportement des animaux dont l’homme) à l’évolution de la psychologie. 

 « Moi qui m’efforce d’être à la fois clinicien et scientifique, je suis extrêmement sensible ce conflit (entre psychanalystes et comportementalistes). En tant que clinicien, je trouve l’approche de Freud très enrichissante. Sa théorie de concepts s’appuyant sur un inconscient dynamique par exemple. Cependant, en tant que scientifique, je me sens mal à l’aise devant le manque de fiabilité de nombre de nos observations, le côté obscur de beaucoup de nos hypothèses et, par-dessus tout, devant l’absence de toute tradition exigeant leur vérification. » 

« Si les études de cas existent en masse chez les comportementalistes, les comptes rendus d’observations systématiques brille par leurs absences ».

Relation causale entre enfance et liens affectifs

Le point central de cette théorie est qu’il existe une relation causale forte entre les expériences d’un individu avec ses parents et sa capacité ultérieure à établir des liens affectifs. Et que les variations courantes de cette capacité se rapportent à des variations dans la manière dont les parents jouent leur rôle. Ainsi cela s’exprimera par la suite sous forme de problème de couples, de difficultés avec les enfants. Mais aussi à travers des symptômes névrotiques et des troubles de la personnalité.

L’enfant engendre l’adulte 

La théorie de l’attachement est 

  • une conceptualisation de la tendance de l’être humain à établir des liens affectifs forts (la psychanalyse à ses débuts prônait une motivation d’ordre alimentaire ou sexuel – allaitement…) avec d’autres personnes spécifiques (la mère ou une personne substitutive)
  • et une explication des nombreuses formes de détresse émotionnelle et de troubles de la personnalité, dont l’anxiété, la colère, la dépression et le détachement affectif, engendrées par une séparation (physique ou d’attention) et une perte non voulue.
  • Elle intègre une bonne partie de l’approche analytique. Mais elle diffère de la psychanalyse classique par l’adoption de principes issus de disciplines relativement nouvelles comme l’éthologie et la théorie de contrôle. Cela lui permet de faire l’économie des notions d’énergie psychique et de pulsion. Et aussi de tirer des liens étroits avec la psychologie cognitive. 

Comme indiqué, dans le livre, il est fait constamment référence à la relation mère-enfant. La relation père-enfant est peu évoquée. Cela est du à l’époque (1958), mais c’est aussi liée à l’expérience personnelle de John Bowlby et du manque de relation avec son propre père (dixit son fils). Aujourd’hui, il n’y a plus aucun doute sur le rôle important du père, encourageant l’exploration et la stimulation. La base sécure stable des parents (L’estime accordée et l’acceptation du désir d’exploration) joue un rôle primordial dans l’épanouissement de l’individu dans ses relations avec les autres. C’est la théorie de l’attachement.

 

Une figure d’attachement 

Les relations de l’enfant à autrui et leur développement sont un thème central en psychologie. Jusqu’alors la théorie de l’apprentissage et l’approche psychanalytique (pulsions et modèle psycho-hydraulique) prévalaient. A partir des travaux de Lorenz (feedback négatif), Bowlby présente l’attachement comme un schéma comportemental qui dans des circonstances normales se met en place dans les premières semaines de la vie. Le sourire du bébé par exemple aurait la fonction de susciter le comportement maternel de la mère. Mais ce schéma comportemental est acquis en réaction aux soins de la mère. Cette capacité au lien revêt une valeur de survie, de protection par rapport aux prédateurs. 

L’enfant s’attache particulièrement à une personne, qui devient une figure d’attachement, une base sécure. 

Le comportement d’attachement est une forme de comportement instinctif. Il se met en place chez les humains, comme chez les autres mammifères, durant la petite enfance (0 à 6 ans). 

S’il se manifeste de manière particulièrement forte en direction des figures parentales pendant l’enfance, il continue néanmoins à s’activer à l’âge adulte.

 

La perturbation de ce lien 

Considérer le comportement d’attachement comme une composante normale et saine nous conduit aussi à concevoir l’angoisse de séparation comme une réaction naturelle et inévitable chaque fois qu’une figure d’attachement se trouve inexplicablement absente. 

La perte de la mère ou de son amour constitue en toute vérité un deuil pour le jeune enfant. Se forme trop souvent un tissu cicatriciel qui, plus tard, conduit à des dysfonctionnements plus ou moins graves. La recherche montre clairement que la colère est partie intégrante de la réaction de chagrin, y compris la colère à l’encontre de la personne disparue.

 

L’ambivalence et sa régulation 

Le rôle de la mise en place d’une capacité saine à ressentir la culpabilité est essentiel pour une bonne santé (Donald Winnicott). Bien qu’elle soit désagréable, comme la douleur physique et l’anxiété, elle est indispensable. Ressentir la culpabilité implique la tolérance de l’ambivalence et l’acceptation de la responsabilité de notre amour comme de notre haine. Cela correspond à cette tendance dérangeante que nous avons tous à éprouver de la colère, voire de la haine parfois, envers les personnes que nous aimons le plus. Ainsi la capacité de l’enfant à réguler progressivement son conflit entre amour et haine et, de ce fait, sa capacité à vivre sainement son anxiété et sa culpabilité, sera primordial dans son équilibre d’adulte. Dans le cas contraire, il sera assailli d’impulsions peu contrôlables. 

Nous savons aujourd’hui que la peur et la culpabilité engendre de nombreuses maladies psychiques. Un enfant agressif agit selon le principe que l’attaque est la meilleure défense. La culpabilité peut engendrer une exigence compulsive de réconfort et de démonstration d’amour. Le risque étant la fuite ou le déni de l’ambivalence, au lieu de faire apparaître le conflit au grand jour et de permettre sa gestion.

 

Il n’y a rien de malsain dans le conflit. 

Lorsque l’arrière plan affectif et relationnel global est de bonne qualité, l’explosion ou la gifle occasionnelles sont de peu de conséquences. Cela a certainement pour avantage de soulager nos émotions et probablement aussi de montrer à nos enfants que nous avons les mêmes problèmes que les leurs. De telles manifestations spontanées d’émotions spontanées, suivies sans doute d’excuses si nous sommes allés trop loin, se distinguent nettement du châtiment avec son présupposé formel de connaissance du bien et du mal. 

S’occuper correctement d’un enfant relève autant de la compréhension intellectuelle que de la sensibilité du parent aux réactions de son enfant. Mais aussi de sa capacité à s’adapter intuitivement à ses besoins. 

Ceux qui, dans leur enfance, ont éprouvé une intense ambivalence envers leurs parents et leurs frères et sœurs, et qui ont eu recours à l’un des nombreux moyens précaires de résolution de conflit (répression, déplacement, projection…), ne sont pas préparés lorsqu’ils deviennent parents à leur tour. Et il y a de grands risques que la génération suivante développera des troubles identiques ou similaires. Tout n’est pas lié au patrimoine héréditaire. Mais c’est aussi lié à l’apprentissage de son environnement. 

Il n’existe probablement rien de plus dangereux pour une relation que l’attribution de ses propres fautes à autrui. Et ainsi de le transformant en bouc émissaire.

 

Une base sécure pour explorer 

Lorsque la mère est présente ou que son enfant sait où elle se trouve, et qu’elle est disposée à prendre part à un échange sympathique, celui-ci met généralement un terme à son comportement d’attachement pour explorer son environnement. Dans une telle situation, on peut dire que la mère sert à son enfant de base sécure d’où partir en exploration et où revenir. 

Pour un adulte, cette base est soit sa famille d’origine, soit celle qu’il s’est créé dans une nouvelle relation. Celui qui n’en dispose pas est sans racine et dans une solitude extrême. 

Deux schémas comportementaux autres que l’attachement sont évoqués : l’exploration et l’attention portée à autrui. Le pourvoyeur d’attention a pour rôle de se montrer disponible et réactif quand on le lui demande. Et deuxièmement d’intervenir judicieusement si l’enfant se trouve en difficulté. 

La perte et le deuil 

Un enfant entre 16 et 30 mois, qui a bénéficié d’une relation relativement sécure avec sa mère et qui n’a pas été séparé d’elle auparavant, manifestera généralement une série de comportements prévisibles. Série découpée en 3 phases : protestation, désespoir et détachement. Lors de la phase de détachement, au contraire du cycle de deuil de l’adulte, l’enfant est susceptible de piquer des colères. 

Le deuil se manifeste en cas de la perte de la mère (ou de l’amour de celle-ci)

Le deuil pathologique se distingue de sa contrepartie saine. C’est par l’incapacité à exprimer ouvertement cette double envie vis-à-vis de la personne disparue. Et ceci avec toute la nostalgie et la colère envers le déserteur. 

Le déclenchement prématuré des processus défensifs, de refoulement ou de clivage, et la fixation qui en résulte, se produit beaucoup plus aisément dans l’enfance que plus tard. Ce qui est pathologique n’est pas tant le processus défensif en lui-même que son intensité et la précocité de son déclenchement.

 

Le rôle du parent survivant 

Un autre mécanisme est provoqué par le parent survivant, veuve ou veuf, dont l’attitude envers l’enfant peut changer et devenir pathogène. 

La capacité du survivant à faire face à ces nouveaux rôles et à ces nouvelles responsabilités dépend clairement, d’une part de sa personnalité et de ses expériences antérieures. Et d’autre part, des exigences de l’environnement (familial, professionnel…) et du soutien qu’il apporte. 

L’anxiété (et la colère) en cas de séparation non voulue constitue une réaction parfaitement saine et normale. Ce qui peut rendre perplexe, c’est la raison pour laquelle une telle anxiété se manifeste à une intensité si élevée chez certains. Ou au contraire si faible chez d’autres. 

Le couple et la théorie de l'attachement

La nécessité d’avoir une figure d’attachement, une base sécure personnelle, n’est en aucun cas limitée aux enfants. Dans un couple, la figure d’attachement fournit à l’autre une base sécure, d’où mener sa vie. 

2 influences en interaction pèsent sur la personnalité et le couple. 

D’une part la présence ou non, partielle ou totale, d’une personne de confiance, volontaire. C’est à dire la relative capacité de déterminer la fiabilité et la bonne volonté d’autrui à lui servir de base sécure,

D’autre part, la relative capacité à collaborer avec lui pour créer et maintenir une relation mutuellement satisfaisante. 

La capacité de l’individu et ses attentes, liées en particulier à son expérience pendant l’enfance jouent un rôle déterminant quant aux types de personnes qu’il fréquente. Elle joue ce rôle aussi à la manière de se comporter avec elles. 

L’estime de soi et des autres 

La capacité limitée à reconnaître les figures appropriées et volontaires et/ou à collaborer peuvent se manifester à des degrés divers. Par exemple l’agrippement anxieux, les demandes excessives ou d’une intensité extrême, le non-engagement distant et la revendication d’indépendance. 

Une personne au fonctionnement sain est encore capable de changer de rôle au gré des situations. A un moment, c’est elle qui sert de base sécure. A un autre, elle est heureuse de s’appuyer sur l’autre qui constitue pour elle, une telle base à son tour. 

Ces personnes équilibrées oscillent entre d’une part l’initiative et le fait de compter sur soi (image et estime de soi, sentiment d’efficacité, besoin d’autodétermination), et d’autre part la capacité à rechercher de l’aide et à en faire usage lorsque les circonstances l’exigent. Bien souvent ces personnes ont grandi dans des foyers qui n’hésitaient pas à fournir du soutien et des encouragements. 

Parents

Le comportement d’attachement envers une figure préférée se met en place lors des 9 premiers mois de la vie. Le comportement d’attachement est prompt à se déclencher jusqu’à la fin de la 3° année. Dans un développement sain, il s’active de moins en moins facilement par la suite. Il est à noter qu’un attachement peut se développer malgré des châtiments répétés de la part de la figure d’attachement. On notera que la notion d’attachement est très différente de celle de dépendance. 

Ainsi dans la théorie de l’attachement, apporter une base sécure à ses enfants, pour les parents, implique premièrement une compréhension intuitive et compatissante du comportement d’attachement de l’enfant et la volonté d’y répondre pour y mettre un terme. Et deuxièmement qu’ils reconnaissent que l’une des origines les plus courantes de la colère d’un enfant est la frustration de son besoin d’amour et d’attention, et que son anxiété reflète généralement son incertitude dans la disponibilité à long terme de ses parents.

 

Attachement anxieux à la base 

Un parent, ou les 2, qui se montre durablement sans réaction au comportement de recherche d’attention de son enfant, ou qui le dénigre activement va générer un attachement anxieux chez l’enfant. Comportement qu’il gardera bien souvent quand il sera adulte. Des absences fréquentes, des menaces ou une culpabilisation peuvent avoir le même résultat. 

Les cas où il est fait pression sur l’enfant pour que ce dernier devienne la figure d’attachement de ses parents (l’enfant devient l’adulte responsable du foyer), ou si l’enfant est sur couvé par une figure d’attachement trop envahissante va aussi altérer le potentiel sécure de l’enfant. 

L’enfant peut aussi à l’opposé, au lieu de rechercher l’amour et l’attention d’autrui, mettre un point d’honneur à serrer les dents et à se débrouiller par lui-même. On parlera ici d’évitement.

 

L’adulte maltraitant est un enfant maltraité qui a grandi 

Il est utile de se rappeler que chacun d’entre nous est susceptible de faire à autrui ce qui nous a été infligé. L’adulte, dans tout cela n’est pas conscient de l’influence de son passé, pas plus qu’il ne l’est de l’exactitude de ses croyances et de ses attentes actuelles. Il sera enclin à percevoir, à concevoir et à interpréter de manière erronée les dires et les actes d’autrui. L’objectif n’est pas de désigner un coupable, mais d’aider le parent à identifier par lui-même une tendance comportementale contre-productive à certains types de relations interpersonnelles. La théorie de l’attachement est une précieuse aide pour cela.

Conclusion de la théorie de l'attachement

Dans les premières années, Bowlby et sa théorie de l’attachement a été critiqué par les psychologues universitaires. La communauté psychanalytique l’a marginalisé pour s’être écarté des principes de la psychanalyse. Ce n’est que seulement vers la fin des années 1980, que c’est produit un rapprochement entre la théorie et la psychanalyse. 

Les recherches de la psychologie du développement Mary Ainsworth au cours des années 1960 et 1970 ont donné un socle aux concepts de base, en introduisant la notion de base sécure et de schèmes d’attachement : attachement distant (ou évitant), attachement anxieux

De nos jours, la thérapie des schémas de Jeffrey Young, utilise la théorie de l’attachement de manière centrale, combinée aux théories de l’apprentissage et plus globalement des thérapies cognitivo-comportementales, ainsi que certaines techniques issues de la Gestalt-thérapie.

 

Evaluer son style d’attachement et de couple 

Depuis de nombreux outils de mesure, principalement des auto-questionnaires, ont été créés pour capturer ces caractéristiques relationnelles liées à l’attachement dans les relations actuelles —amoureuses ou proches— que noue tout adulte. On définit ainsi des « styles » d’attachement. Il s’agit de profils d’attentes, de besoins, d’émotions, de stratégies de régulation émotionnelle et de comportement social dans les relations. Ces auto-questionnaires mesurent le contenu explicite des perceptions et des vues que les sujets ont d’eux-mêmes et des autres, dans les relations proches. 

Le Relationship Scales Questionnaire (RSQ, Questionnaire des échelles de relation) élaboré par Griffin et Bartholomew est un des plus utilisé

style de relation de couple

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