Jamais seuls ensemble (le couple)

Tests of personality - tests de personnalité

Jamais seuls ensemble (le couple)

9 novembre 2017 Bien Etre 1

Le couple par Jacques Salomé (psychosociologue) – Photo: Juan Les pins 2013 –

Comment vivre à deux en restant différents

Qu’est-ce que nous demandons le plus: d’être aimés ? Non, d’être choisis! Nous demandons à l’autre de faire la preuve qu’il sera au service de notre blessure la plus profonde.

Ce ne sont pas les sentiments, aussi profonds et réels qu’ils puissent être, ni l’amour, aussi vivant soit-il, qui maintiennent deux êtres ensemble dans un couple au fil du temps. C’est la qualité de la relation qu’ils seront capables ou non de se proposer l’un à l’autre.

Ce sont les petits bonheurs du quotidien qui ont le plus besoin d’être accueillis … pour s’amplifier plus loin, dans la vie de chacun.

  1. Passer de la rencontre (l’amour ou la passion, .. où bien souvent 1 + 1 = 1) à la relation
  2. Construire et vivre une relation: 1 + 1 = 2
  3. Forces de cohésion et d’éclatement
  4. 1 + 1 = 3

 

Avant la rencontre, la recherche:

  • active: avec des stratégies de séduction (comportement et investissement orientés). « Tu peux compter sur moi! »
  • passive: constituées d’expectatives, voir d’exigences implicites (la forme majeure étant le syndrome de la belle au bois dormant: le magique espoir de l’arrivée du prince charmant ou de la délicieuse princesse susceptible de le combler). « je compte sur toi »

Dans la recherche consciente ou inconsciente d’un être complémentaire dans la semblance ou dans la différence.

Les forces en jeu sont l’attirance, les sentiments, les peurs, les choix inconscients.

Attention au mythe: « si elle m’aimait vraiment, elle devinerait mes désirs sans que je les exprime. Elle anticiperait mes attentes. »

 

Construire la relation:

La construction passera par une succession de crises, de conflits, de tâtonnement et médiations. Vivre ensemble c’est définir un projet commun (pas commun dès le départ!), à définir ensemble et à faire évoluer par des échanges où seront mises en commun … des différences.

1 + 1 = 3

Cela passera par la capacité à s’engager et à se relier à l’autre. Ne pas confondre attachement (formé avec le temps) et amour.

Dans un couple, apprendre à communiquer au présent, c’est surtout apprendre à mieux se différencier. Ainsi vivre en couple, ce sera prendre le risque de communiquer mais aussi de se montrer capable de s’engager.

L’harmonie n’est pas de tout faire ensemble, mais de pouvoir partager ensemble un maximum en osant vivre parfois pour soi … en dehors de la proximité immédiate de l’autre.

Passer de la fusion (1 + 1 = 1) à l’alliance suppose d’accepter d’accorder une valeur à la relation. Nous sommes toujours 3 en vivant à 2: toi, moi et la relation: 1 + 1 = 3. Toi à ton extrémité … et moi à la mienne.

Je propose le plus souvent de symboliser la relation par une écharpe ayant 2 extrémités. Il appartient à chacun à ne s’occuper prioritairement que d’une seule extrémité: la sienne. (note: L’élastique de Daniel Goleman, ou le 50/50 de la responsabilité).

50/50: responsabilité partagée

Dans beaucoup de couples, il y aura une dramatisation excessive. Tout semble se problématiser, dans la plupart des actes de la vie quotidienne. Cette cristallisation intense et soudaine des énergies défensives ou d’affirmation ouvre une phase doublement conflictuelle (inter-conflit avec le partenaire mais aussi intra-conflit au profond de soi).

Découvrir qu’une relation est un processus vivant, la concevoir comme un tiers à respecter, à nourrir, à valoriser, à stimuler, sera une étape majeur dont dépendra le devenir amoureux.

Des résistances actives ou souterraines se développent. Proportionnellement à l’intensité des peurs latentes. Elles donneront lieu à des sabotages, régressions ou à des blocages dont la principale fonction sera de tenter d’échapper à cette responsabilisation structurante mais combien redoutée.

Oui, je suis responsable, c’est à dire partie prenante de ce que j’envoie (silence y compris) vers l’autre et de ce que je reçois de lui.

Responsable, mais non pas coupable ou fautif ! Responsable que de mon extrémité de la relation. Se respecter et respecter l’autre ne se joue pas dans l’intentionnalité, les efforts, les promesses et les excuses, mais essentiellement dans une mise en pratique concrète, à actualiser au quotidien.

 

Forces de cohésion et d’éclatement:

Plus une communication est intime, plus l’échange non-verbal est important.

« je n’attends pas une adhésion à ce que j’exprime mais seulement une écoute. Et surtout une reconnaissance, c’est à dire une confirmation que ce que je vis m’appartient.

Les malentendus dans les rapprochements sensuels et sexuels ont pour origine des blocages et des refus et ne sont pas comme beaucoup de partenaires le croient une défaillance ou un changement dans les sentiments (la fameuse usure).

  • Communiquer

veut dire mettre en commun. Ce qui est différent de vouloir s’entendre, d’être d’accord, de convaincre ou d’éviter les conflits.

La principale plainte des femmes aujourd’hui porte sur le silence frustrant et même le refus de s’exprimer de certains hommes (note; de moins en moins l’apanage des hommes, et de plus en plus fréquent chez les femmes: nouvelles générations!).

Cette parole qui semble impossible, bloquée, interdite chez certains hommes (partenaires) pour tout ce qui touche à l’intime d’eux-mêmes, au ressenti, au vécu et aux émotions, est à l’origine de la carence et de la difficulté la plus fondamentale, me semble-t’il, des couples d’aujourd’hui.

Le manque d’échanges et de partages verbaux est une avitaminose du couple contemporain. « Pourquoi faudrait-il que ce soient les hommes qui s’adaptent en permanence aux langages des femmes? » … une relation a 2 extrémités.

Dans le vécu intime, les besoins de chacun, se jouent à différents niveaux. Il s’agira de les entendre comme tels, dans leur complexicité, qu’ils soient ambivalents, contradictoires ou même paradoxaux.

Parfois faute de reconnaître ce conflit à l’intérieur de moi, je vais le projeter sur l’autre. Parfois si je n’arrive pas à me décider, le choix s’imposera à moi de l’extérieur.

  • Les paradoxes:

quand l’un des 2 partenaires s’acharne à demander à l’autre ce que justement il ne peut donner. Parfois quand l’un quémande explicitement et avec insistance, des attentions, une reconnaissance, une complicité qu’à la fois il redoute, refuse ou ne parvient pas à croire possible.

Face à un tel paradoxe, aucune réponse ne pourra être véritablement satisfaisante (nb: cravate rouge, cravate verte). Le paradoxe crée de la confusion chez l’autre et génère des comportements d’auto-sabotage. Le sabotage relationnel est parfois une activité à temps plein chez certains conjoints.

Un couple éveillé sera un couple capable de pouvoir partager et clarifier ensemble cette double dynamique « libre-choix-plaisir » chez l’un, « devoir-obligation » et « plaisir qui se dérobe » chez l’autre.

  • L’éducation

Biberon relationnel: garçons et filles n’ont pas été nourris au même biberon relationnel. La mère dira au garçon « je voudrais que tu changes de pantalon, que tu te coiffes autrement, .. » = un désir, exigence déguisée. Chez sa petite la mère dira « j’aimerai que tu t’habilles autrement, je n’aime pas quand tu te coiffes de cette façon, .. ». La mère déposera chez les filles des sentiments (j’aime, j’aime pas). Le père lui logiquement dépose des désirs sous formes d’exigences plus implicites, plus silencieuses. La future femme se construit ainsi trop souvent sur cette sorte d’escroquerie affective « je suis aimée quand je fais plaisir, quand je ne fais pas de la peine, .. »

Ce décalage, s’il n’est pas conscientisé, s’il n’est pas nommé, sera lui aussi à l’origine d’une multitude de frustrations et de tensions.

Quant aux forces d’éclatement, tout en favorisant l’autonomie de chacun, elles contribuent à maintenir le couple vivant.

Enfermement dans des systèmes implicites, en référence aux sentiments de justice ou d’injustice, … (note: voir les 5 blessures).

Il s’agira parfois d’accepter à ce stade une harmonie sexuelle assez peu satisfaisante ou défectueuse. Quand elle est relative dans le temps, cela reste supportable.

Responsabilité

Celui qui dit et qui prétend « mais je n’ai pas besoin, moi, que la salle de bains soit propre, je n’ai pas l’angoisse d’un lit non fait », celui-là, sans le savoir clairement, pose et impose des exigences … celles de son laxisme.

Le maître mot de cette phase relationnelle sera celui de la responsabilisation de ses actes (ou non actes). Je ne rends plus l’autre responsable de ce qui m’arrive. Je me sens et je me positionne comme entièrement responsable et partie prenante de ma vie.

L’apprentissage possible mais souvent difficile à ce stade de la relation consiste à renoncer à vouloir changer l’autre.

La véritable intimité est celle qui permet de rêver ensemble … avec des rêves différents.

 

1 + 1 = 3:

Vivre en couple, c’est accepter de créer et de développer une double intimité: partager une intimité commune et reconnaître une intimité personnelle. Essentiel ne signifie pas « tout », « monopole ».

Engageons-nous  à prendre soin de notre relation, si elle est importante pour toi pour moi.

 

Une intimité commune en couple:

Les enfants ont tendance (et nous les laissons trop souvent faire) à s’approprier et à envahir l’entièreté de l’espace familial.

L’intimité sera aussi à préserver sur le plan des échanges, des témoignages ou des confidences. Ce que je te dis appartient à notre relation. Pour cette raison, chaque fois que je transgresse l’exigence d’intimité d’un échange personnalisé, je prends le risque de blesser non seulement l’autre personne mais également la relation.

L’intimité physique: le propre d’un désir est qu’il a besoin d’être entendu, le besoin a besoin lui, d’être accueilli et reçu même s’il n’est pas directement satisfait.

Nous avons tous besoin d’une bonne distance:

  • entre abandon et proximité
  • puis entre donner et recevoir
  • enfin entre liberté et confiance

Beaucoup de partenaires se contentent de définir des projets en « creux » (« je ne serai pas présent mardi prochain »). Alors qu’il est plus stimulant d’avoir des projets en « plein » (« je serai donc présent lundi, mercredi, jeudi et voila ce que j’aurai envie de faire avec toi »).

Un lien doit être entretenu chaque jour, par une interrogation, une remise en question ou une confirmation mutuelle du sentiment et du projet de soi … vers l’autre.

 

En conclusion

Toute relation contient une part d’aléatoire, d’imprévisible, une part d’inconnu liée aux évolutions, aux révélations et aux rencontres qui parsèment toute existence. En somme, c’est le risque inhérent à toute forme de vie.

 

 

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