La violence conjugale ; mythes et réalités

La violence conjugale ; mythes et réalités

9 octobre 2023 Social 0

La violence conjugale, mythes et réalités – août 2023 – fred Lacroix

  1. Panorama des violences dans le monde
  2. La violence à l’égard des femmes
  3. Panorama des violences en France
  4. La violence psychologique
  5. La violence à l’égard des hommes
  6. Enquête sur la violence conjugale

Mythe ou réalité ? Participez à notre enquête sur les violences conjugales. Avez-vous déjà rencontré cette violence en couple : Oui ? Non ?

27 items – moins de 5 mns

Homicides dans le monde

Instaurer des sociétés pacifiques, justes et ouvertes à tous est encore un objectif très éloigné. Il n’y a pas eu d’avancées majeures ces dernières années pour mettre fin à la violence, promouvoir l’état de droit, renforcer les institutions à tous les niveaux ou accroître l’accès à la justice.

Les conflits et les autres formes de violence portent atteinte au développement durable. En 2018, plus de 70 millions de personnes ont fui la guerre, les persécutions et les conflits.

Au cours de la décennie 2007-2017, le taux mondial d’homicide est resté à peu près stable à près de 6 pour 100 000 personnes. Le nombre de victimes d’homicide a augmenté de 11 %, passant de 419 000 en 2000 à 464 000 en 2017. Durant cette période, les cas de violence meurtrière ont été de plus en plus concentrés dans deux régions : l’Amérique latine et Caraïbes, qui représentait 34 % des homicides dans le monde en 2017, contre 27 % en 2000, et l’Afrique subsaharienne, dont le taux est passé de 25 % à 33 %.

Sources : Nation unies

Violences domestiques dans le monde

La violence entre partenaires intimes (VPI) et la violence à l’égard des enfants (VAC) sont interdépendantes et constituent des problèmes sociaux, de développement et de santé publique majeurs. À l’échelle mondiale, on estime qu’environ 27 % des femmes ayant déjà vécu en couple dans le monde ont subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime à un moment donné de leur vie.

L’enquête nationale ougandaise VAC de 2015 a révélé que 59 % des filles et 68 % des garçons avaient subi des violences physiques dans leur enfance, et que 35 % des filles et 17 % des garçons avaient subi des violences sexuelles dans leur enfance. Ces violences en Ouganda et dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont généralement perpétrées par des personnes connues des enfants dans leur foyer et leur communauté.

La VPI est associée à des normes culturelles qui tolèrent la violence au sein de la famille, des écoles et de la communauté, établissent des rôles de genre rigides et lient la masculinité à la dureté, à l’honneur masculin, à la domination et à la propriété des femmes, et elle prospère là où la politique, la législation et la mise en œuvre de les lois sont faibles.

Violence aux femmes

“Chaque jour, en moyenne, 137 femmes sont tuées par un membre de leur propre famille”, a déclaré Phumzile Mlambo-Ngcuka, Secrétaire générale adjointe de l’ONU et Directrice exécutive d’ONU Femmes, dans une déclaration publiée en mars 2020.

En 2017, le nombre de femmes tuées par un membre de la famille :

  • Asie :   20 000    (0,9 / 100 000 femmes)
  • Afrique :   19 000   (3,1/…)
  • Amériques :   8 000   (1,6)
  • Europe :   3 000   (0,7)
  • Océanie :       300

Total :   50 300 décès

Homicides conjugaux (ramenés à la population °/°°°°:

  • Suisse 2019 :     29 femmes (0,35) – (soit 72% de femmes)
  • Belgique 2021 :     18 femmes (0,16)
  • France 2021 :   122 femmes (0,18) – (soit 84% de femmes)

Violence envers les enfants

  • Trois quarts (environ 300 millions) des enfants âgés de 2 à 4 ans à travers le monde sont victimes d’agressions psychologiques et/ou de punitions physiques au sein même de leur foyer, de la part des personnes qui s’occupent d’eux.
  • À travers le monde, environ 15 millions d’adolescentes âgées de 15 à 19 ans ont subi des rapports ou autres actes sexuels forcés au cours de leur vie.
  • Quelque part dans le monde, toutes les sept minutes, un adolescent est tué par un acte violent.
  • En 2015, un adolescent noir non hispanique aux États-Unis avait autant de risques d’être assassiné qu’un adolescent Sud-Soudanais de perdre la vie dans des violences collectives dans son pays déchiré par la guerre.
  • L’Amérique latine et les Caraïbes constituent la seule région où le taux d’homicide parmi les adolescents a augmenté ; près de la moitié de la totalité des homicides d’adolescents enregistrés en 2015 ont été commis dans cette région.

 

Sources ; Unicef

Sport et violence psychologique; ex. du Canada

Selon une étude publiée par Isabelle Daignault (Professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal ; étude menée auprès de 1 057 athlètes québécois, âgés de 14 à 17 ans), la majorité des jeunes athlètes québécois sont exposés à de la violence psychologique de la part de coéquipiers, d’entraineurs ou de parents.

62 % des athlètes adolescents ont rapporté avoir vécu de la violence psychologique en contexte sportif, soit par un pair athlète, soit par un entraineur.

Dans un premier temps, les chercheuses ont identifié trois profils, soit :

  • Violence psychologique par les pairs, parents et/ou entraineurs (52% des athlètes recensés);
  • les poly victimes, qui ont vécu toutes les formes de violence (sexuelle, physique et psychologique) commises par les pairs, des parents ou des entraineurs (10% des athlètes);
  • les non-victimes, qui n’ont rapporté aucune forme de violence (38% des athlètes).

Sources :  2023

Source 1

Source 2

¼ des femmes victimes de violences conjugales

Plus d’un quart des femmes dans le monde ont déjà été victimes de violence domestique. C’est ce que révèle une étude de la revue britannique The Lancet, publiée le 17 février 2022. Conduite entre 2000 et 2018, il s’agit de la plus large enquê­te sur les violences faites aux femmes.

Les données compilées attestent que 27 % des femmes entre 15 et 49 ans ont déjà subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime masculin. Et ces violences commencent tôt – 24 % des 15-19 ans et 26 % des 19-24 interrogées ont déclaré en avoir déjà fait l’expérience.

« La prévalence des violences contre des adolescentes était plus élevée dans les pays au revenu bas et moyen inférieur, où le mariage précoce est plus répandu, où les filles ont moins accès à une ­éducation (…) et où les inégalités de genre sont susceptibles de prévaloir » analysent Claudia Garcia-Moreno et Lynn Sardinha.

Sources : The Lancet, 2022

Carte de la prévalence au cours de la vie, en 2018 par rapport à l'année précédente, de la violence physique ou sexuelle, ou des deux, parmi les femmes âgées de 15 à 49 ans en couple, par région de la charge mondiale de morbidité.

Le partenaire intime

La violence exercée par un partenaire intime est de loin la forme la plus répandue de violence à l’égard des femmes dans le monde. Ainsi elle touche environ 641 millions de personnes.

La violence touche de manière disproportionnée les femmes vivant dans les pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. On estime que 37 % des femmes vivant dans les pays les plus pauvres ont été victimes de violence physique et/ou sexuelle de la part d’un partenaire intime au cours de leur vie, la prévalence s’élevant à une sur deux dans certains de ces pays.

Les régions de l’Océanie, de l’Asie du Sud et de l’Afrique subsaharienne ont les taux de prévalence de la violence exercée par un partenaire intime les plus élevés chez les femmes âgées de 15 à 49 ans, ces taux allant de 33 % à 51 %. Les taux les plus bas sont constatés en Europe (16-23%), en Asie centrale (18 %), en Asie de l’Est (20 %) et en Asie du Sud-Est (21 %).

Sources : OMS 2021

Carte des estimations de la prévalence de la violence physique ou sexuelle, ou des deux, de la violence conjugale au cours de la vie chez les femmes âgées de 15 à 49 ans ayant vécu en couple, en 2018

Violences domestiques en France

En 2021 : 122 femmes (84%) ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire. 23 hommes (16%) ont été tués par leur partenaire ou ex-partenaire. 14 enfants mineurs sont décédés, tués par un de leurs parents dans un contexte de violences au sein du couple.

Parmi les 22 femmes ayant tué leur partenaire, 11 d’entre elles, avaient déjà été victimes de violences de la part de leur partenaire.

En 2019, en moyenne, le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans qui, au cours d’une année, sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint, est estimé à 213 000 femmes

Source : « Etude nationale sur les morts violentes au sein du couple. Année 2020 », ministère de l’Intérieur, Délégation aux victimes.

Violences sexuelles en France

En moyenne, le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans qui au cours d’une année sont victimes de viols et/ou de tentatives de viol est estimé à 94 000 femmes. De la même manière que pour les chiffres des violences au sein du couple présentés ci-dessus, il s’agit d’une estimation minimale.

Dans 91% des cas, ces agressions ont été perpétrées par une personne connue de la victime. Dans 47 % des cas, c’est le conjoint ou l’ex-conjoint qui est l’auteur des faits. Suite aux viols ou tentatives de viol qu’elles ont subi, seules 12 % des victimes ont porté plainte

Par ailleurs, en 2016, l’enquête « Violences et rapports de genre » (VIRAGE) menée par l’INED, a permis de mesurer le nombre de personnes ayant subi des violence sexuelles (viols, tentatives de viol, attouchements du sexe, des seins ou des fesses, baisers imposés par la force, pelotage) au cours de leur vie. Ces violences ont concerné 14,5 % des femmes et 3,9 % des hommes âgés de 20 à 69 ans.

 

Violence conjugale et contexte

Les départements du Nord (7 faits), du Pas-de-Calais et des Alpes-Maritimes (5 faits chacun) enregistrent le plus de faits. L’auteur est majoritairement masculin, le plus souvent, vivant en couple, de nationalité française, âgé de 30 à 49 ans ou de 70 ans et plus, et n’exerçant pas ou plus d’activité professionnelle. La dispute et le refus de la séparation demeurent les principaux mobiles du passage à l’acte.

Près de 22 % des auteurs et 21 % des victimes sont âgés de 70 ans et plus au moment des faits. 16 % des auteurs et 15 % des victimes ont 80 ans et plus. Dans 52 % des cas, la présence d’au moins une substance susceptible d’altérer le discernement de l’auteur et/ou de la victime (alcool, stupéfiants, médicaments psychotropes) est constatée au moment des faits.

Taux de victimation en France

Au cours des années 2010 et 2011, 2,2 millions de personnes, âgées de 18 à 75 ans, ont subi des violences physiques ou des violences sexuelles , soit 5,1 % de la population de cette tranche d’âge.

Panorama des violences en France

Le SSMSI décrit trois familles de violences : les violences subies dans l’enfance, les violences commises au sein du couple (« par partenaire ») et les violences commises par non-partenaire.

  • En 2021, plus d’1 femme sur 5 (20%) et près d’1 homme sur 6 (16,6%), âgés de 18 à 74 ans, ont déclaré avoir subi une violence intrafamiliale avant l’âge de 15 ans (psychologique, physique ou sexuelle). Les femmes sont surexposées à ces violences commises au sein de la sphère familiale et en particulier aux violences sexuelles (6 % contre 2 % pour les hommes).
  • Plus d’1 femme sur 4 (25%) et 1 homme sur 5 (20%) déclarent avoir subi au moins une fois depuis l’âge de 15 ans des violences psychologiques au sein du couple (« par partenaire »). Les violences physiques ou sexuelles par partenaire sont plus rares mais les écarts entre hommes et femmes plus importants. En 2021, 1 femme sur 6 (16,6%) déclare en avoir été victime au moins une fois depuis l’âge de 15 ans contre 1 homme sur 18 (5,6%).
  • 20 % des hommes et 15 % des femmes âgés de 18 à 74 ans déclarent avoir subi au moins une fois depuis l’âge de 15 ans des violences physiques commises par une personne hors partenaire actuel ou ex-partenaire (« non-partenaire »). Les violences sexuelles par non-partenaire sont beaucoup plus rares pour les hommes (3 %) que pour les femmes (17 %).

Sources : SSMSI (Service statistique de la sécurité intérieure) 2022

Les conclusions du SSMSI

Elles sont que les femmes restent plus touchées que les hommes par les violences. Cela semble malheureusement évident pour les violences sexuelles et conjugales. Mais l’analyse des chiffres montrent avant tout une violence importante quelque soit le sexe. Par exemple l’écart entre 16,6% (hommes) et 20% (femmes) reste socialement peu différent. Les actions contre la violence restent les mêmes.

Assiste-t-on à une dérive de la part de certaines personnes qui stigmatiseraient le genre ? En tout cas, l’image ci-dessous utilisée par le SSMSI répond en partie à cette question.

Estimez-vous que 16,6% et 20% soient si différents ?

Image du SSMSI

845 homicides en France en 2018

* 84 % des auteurs étaient Français

** 6% de la population est étrangère (vs 16 % d’homicides)

*** 37 % sont localisés en corse et PACA

143 décès dont 122 de femmes (85%)

** 50 % des hommes décédés étaient accusés de violences conjugales

La violence psychologique

Les victimes des violences domestiques et sexuelles sont majoritairement féminines. Ce sont notamment des femmes, seules ou avec enfants, qui arrivent souvent en catastrophe dans les centres. Cela ne signifie pas nécessairement que les hommes n’en sont pas victimes, mais des statistiques précises à ce sujet n’existent pas encore.

Pour comprendre l’incompréhensible, il faut prendre en compte une composante importante, à savoir que la violence physique n’est que la partie immergée de l’iceberg. Ce qui nourrit cette violence, c’est la violence psychologique. Avant même que les premiers coups soient portés, l’effraction psychologique paralyse la victime.

Parmi les procédés les plus fréquemment utilisés, nous pouvons citer : le contrôle, l’isolement, la jalousie, le harcèlement, le dénigrement, les humiliations, les actes d’intimidation, l’indifférence aux demandes affectives, les menaces, la manipulation.

Les personnes violentes placent toujours chez les victimes des sentiments de culpabilité. De cette manière, elles enchaînent leurs victimes silencieusement, plus loin et plus longtemps.

Quand l’assertivité rencontre ses limites

Idéalement, quand une relation est équilibrée, c’est-à-dire quand les personnes peuvent communiquer de manière authentique, en évitant les pièges des jeux de pouvoir, rien de tel que les outils comme le DESC développé par Chalvin, et la Communication Non Violente selon Marshall Rosenberg. Néanmoins, face à certaines attitudes qui génèrent un déséquilibre, ces outils se heurtent à un mur. Comment repérer ces situations ? Comment s‘en protéger ?

Les outils de gestion de conflits permettent d’énumérer dans le calme relatif les faits qui posent problème. Puis d’identifier ses émotions et besoins en pratiquant l’auto-empathie, puis de les exprimer. Après identification de ce qui nous pose problème et prise de conscience de ce qui est négociable et de ce qui ne l’est pas, c’est-à-dire de nos limites, une demande ou des propositions peuvent être formulées. Dans certains cas, un message clair peut suffire pour signaler à l’autre une situation qui nous pose problème et l’émotion qui nous habite. C’est une manière claire de dire STOP à l’autre, que nous ne sommes pas d’accord avec ce qui se passe.

 

Echec du dialogue

Qu’arrive-t-il quand le dialogue échoue systématiquement ? Que l’une des parties reçoit des réponses très peu impliquantes et floues. Voire se trouve face au silence, des menaces, de l’ironie, etc. Il y a manifestement un déséquilibre dans la relation. Nous pouvons même parler de pouvoir sur l’autre afin de maintenir un statu quo, un avantage matériel et/ou un bénéfice quelconque. Une des personnes est niée dans son humanité car ses besoins ne sont pas entendus, pas reconnus.

A ce stade, nous pouvons nous poser la question de la nature de la relation, des enjeux de l’un et de l’autre, conscients et inconscients. Quels bénéfices en tire(nt) l’une et/ou l’autre partie ? Un moment de repli stratégique permet à la personne qui souhaite s’extraire de cette relation peu satisfaisante de faire le point, de revenir à soi et de se poser des questions fondamentales.

Sources : Erika Benkö

Et votre relation ?

Le questionnaire suivant a été établi par Yvane Wiart, chercheuse au laboratoire de psychologie clinique à l’université Paris Descartes, auteure de Petites Violences ordinaires. La violence psychologique en famille.

Si vous vous posez des questions sur votre relation, répondez aux questions suivantes :

  1. Vous sentez-vous détendu(e) et rassuré(e) en présence de l’autre ? Pouvez-vous être vous-même sans qu’il vous critique ou semble vous dévaloriser ? 
  2. Partage-t-il ses centres d’intérêt avec vous, et s’intéresse-t-il aux vôtres ?  
  3. Parle-t-il ouvertement et honnêtement de lui-même ?
  4. Obtenez-vous le plus souvent tendresse, compréhension et/ou soutien de sa part ? 

Jusqu’ici, si vous avez répondu par l’affirmative, tout va bien, la relation est saine. Continuons le questionnaire :

  1. Semble-t-il ne pas avoir les mêmes souvenirs des événements que vous, ni la même compréhension ?
  2. Vous paraît-il régulièrement irrité ou en colère après vous ? 
  3. Refuse-t-il d’admettre qu’il est en colère quand c’est manifestement le cas, ou nie-t-il se réfugier dans le silence et l’absence de communication ? 
  4. Vous sentez-vous souvent perplexe et frustré(e) par ses réponses et ses réactions, comme si vous ne parliez pas le même langage ? 
  5. Vous sentez-vous souvent sur le qui-vive, dans un état d’alerte et de méfiance, en ne sachant trop quoi dire ni faire pour ne pas créer de problèmes ? 
  6. Vous arrive-t-il de cacher des choses banales pour éviter des réflexions désagréables ? 

La chercheuse Yvane Wiart conclut que si vous répondez par l’affirmative aux questions 5 à 10, il est probable que vous êtes victime de violences psychologiques.

 

La sonnette d’alarme

La sonnette d’alarme retentit lorsque, de manière systématique, il y a plus d’inconvénients que d’avantages à utiliser les outils de communication bienveillante. Exténuée par la fatigue morale et physique, la personne victime de violences psychologiques peut finir par douter d’elle-même, de sa perception, de sa capacité à sortir de cette relation et de trouver des solutions constructives aux différents problèmes vécus au sein de cette relation (qu’elle soit professionnelle, conjugale, familiale ou même amicale).

En 2021, en France, % de déclarations des violences psychologiques par partenaire depuis l’âge de 15 ans.

(haute fréquence entre 18 et 29 ans)

Comment se protéger et faire face aux violences

Vous pouvez toujours tenter d’affirmer votre point de vue par des techniques d’assertivité classiques, comme le « DESC » : Description des faits, Expression du problème et des besoins et sentiments liés, Suggestion de Solutions, et mise en avant des Conséquences pour l’autre et moi de cette demande.

La violence naît d’un déséquilibre de pouvoir, de l’échec des tentatives de dialogue et du déni des demandes de la personne qui subit les comportements. Il faut pouvoir la nommer pour s’en extraire, dans certains cas en se faisant accompagner par un professionnel quand cela est nécessaire.

Cette violence peut être générée par une personne manipulatrice pathologique qui ne peut pas fonctionner et communiquer de manière assertive, ou tout simplement qui vous impose son silence. Car ignorer peut devenir de la violence psychologique.

Dans l’assertivité, un espace de négociation est présent afin de permettre une résolution gagnant-gagnant des conflits. Mais pour négocier de cette façon, il faut que les parties soient dans cette dynamique. Qu’elles en aient le désir et le montrent par les actes et une attitude d’ouverture et d’authenticité au travers du dialogue.

Violence à l’égard des hommes

Le public est informé de la violence conjugale à l’égard des femmes depuis des années. Un grand nombre d’études ont analysé l’ampleur de ce phénomène. Des maisons d’hébergement ont été créées pour les femmes battues. Et les lois ont évolué à mesure que l’on a pris conscience de la gravité du problème. Le phénomène parallèle de la violence conjugale à l’égard des hommes n’est pas aussi bien connu ni aussi bien compris du grand public. Toutefois, les conclusions d’études récentes permettent de mieux saisir l’enjeu de la violence envers les hommes dans les relations intimes.

Statistique Canada (0) a commencé à recueillir des données sur la violence entre partenaires intimes, concernant à la fois les hommes et les femmes. C’est une étude effectuée dans le cadre de l’Enquête sociale générale (ESG) menée en 1999. Une proportion presque égale d’hommes et de femmes (7 % et 8 % respectivement) ont déclaré avoir été victimes du comportement violent de leur partenaire intime. Mais également de violence psychologique (18 % et 19 % respectivement) (ESG – 1999). Ces résultats coïncident avec ceux de plusieurs études antérieures qui donnaient des pourcentages identiques d’agression chez les femmes et chez les hommes dans les relations intimes (1-10).

Les femmes subissent de plus graves blessures que les hommes. Néanmoins, les actes de violence commis par les femmes à l’égard des hommes et leurs conséquences méritent que l’on s’y arrête. Il faut également que les agresseurs, peu importe leur sexe, comprennent que la violence sous toutes ses formes est moralement et juridiquement condamnable.

 

La violence psychologique

Elle se caractérise par un comportement qui vise à culpabiliser, à rabaisser, à intimider ou à humilier le partenaire. Notamment le fait de crier, de l’insulter ou de limiter ses contacts avec ses amis et sa famille.

Des chercheurs ont constaté que les hommes tendent à minimiser ou à ne pas fournir de description complète de la violence. Violence qu’ils ont subie ou ont fait subir (11). Il en va de même chez les femmes lorsqu’elles sont plus âgées et plus scolarisées (12, 13). Voilà pourquoi il n’est pas évident de déterminer avec exactitude les taux réel de violence.

Une proportion quasi similaire de 11 % d’hommes et de 9 % de femmes ont déclaré avoir été victimes de deux formes de comportement contrôlant. « Il ou elle est jaloux(se) et ne veut pas que vous parliez avec d’autres femmes ou hommes ». Et « il ou elle exige de savoir constamment avec qui et où vous êtes ») (14).

 

Idéal viril

Dans le cadre de l’ESG de 1999, 13 % des hommes victimes de violence de la part de leur partenaire ont déclaré avoir été blessés. Et 3 % avoir eu besoin de soins médicaux (15). Une méta-analyse récente (évaluation quantitative) de plus de 80 études sur les agressions physiques entre partenaires hétérosexuels a montré que 35 % des personnes blessées par un partenaire intime et 39 % de celles qui avaient dû recevoir des soins médicaux étaient des hommes (16).

Des analyses narratives récentes ont également fait ressortir la souffrance affective des hommes victimes de violence. Ainsi les femmes doivent lutter contre les hommes violents. Mais aussi contre les habitudes, les attitudes et les structures sociales qui les coupent de leur capacité d’agir (17, 18). Les hommes victimes de violence dans leurs relations intimes avec les femmes sont confrontés au maintien d’un idéal viril. Idéal qui exige d’eux d’être autonomes et indépendants, ainsi que plus rudes, plus grands et plus forts que les femmes (19).

 

Réactions

Une étude donne quelques indications sur les sentiments éprouvés par ces hommes victimes de violence. Ainsi que les conséquences de leur expérience sur leur identité :

  • Ils ont pensé ne pas avoir réussi à acquérir les caractéristiques que la culture définit comme masculines. Comme l’indépendance, la force, la rudesse et l’autonomie. Ils avaient l’impression d’être émasculés et marginalisés. En général, ils n’exprimaient pas leurs craintes, ne demandaient pas d’aide. Ou ils ne donnaient même pas de précisions sur la violence qu’ils avaient subie (20). Durant les entrevues, les hommes victimes de violence ont systématiquement exprimé de la honte et de la gêne.
  • Ils ont également fait état des réactions fréquentes d’incrédulité. La surprise et le scepticisme du personnel des centres pour les victimes de violence conjugale. Mais aussi des institutions juridiques et des hôpitaux. Voire de leurs amis et voisins lorsqu’ils leur ont révélé les actes de violence qu’ils avaient subis. Ces réactions peuvent ajouter au sentiment de violence dont ils ont été victimes.

La prévention au niveau social consiste à modifier les normes qui influent sur les relations interpersonnelles. Aussi bien au sein de la famille et de la société dans son ensemble. C’est-à-dire à apporter les changements nécessaires pour réduire l’inégalité entre les sexes, les conflits au sein des couples et les tensions interpersonnelles. En outre, il faut constamment s’efforcer de mieux informer le public et de diminuer la tolérance à la violence.

 

Références bibliographiques :

Part 1

0 – E. Lupri, E. Grandin, La violence à l’égard des hommes dans les relations intimes – 2008, Unité de prévention de la violence familiale Agence de santé publique du Canada Édifice Jeanne Mance, 9e étage Indice d’adresse : 1909D1, Pré Tunney Ottawa (Ontario) K1A 1B4

  1. Centre canadien de la statistique juridique, La violence familiale au Canada : un profil statistique – 2000, Statistique Canada, Ottawa, n o de cat. 85-224-XIF, 2000, p. 9.
  2. S.M. Fiebert, « References Examining Assaults by Women on Their Spouses or Male Partners. An Annotated Bibliography ». (California State University, Long Beach: 1997; 2001).
  3. M.A. Straus, R.J. Gelles et S.K. Steinmetz, Behind Closed Doors: Violence in the American Family, Anchor Books, New York, 1980.
  4. R.J. Gelles et M.A. Straus, Intimate Violence, Simon and Schuster, New York, N.Y, 1988, p. 250-251.
  5. M.A. Straus et R. Gelles, Physical Violence in American Families, Transaction Publishers, New Brunswick, New Jersey, 1990.
  6. M.B. Brinkerhoff et E. Lupri, « Interspousal violence », Canadian Journal of Sociology, vol. 13, n o 4, automne 1988, p. 407-434.
  7. E. Lupri, « Harmonie und Aggression: Über die Dialektik ehelicher Gewalt » (« Harmonie and Aggression: On the Dialectic of Spousal Violence »), Kölner Zeitschrift für Soziologie und Sozialpsychologie, vol. 42, n o 3, 1990, p. 474-501 (version anglaise disponible sur demande).
  8. Anke Habermehl, Gewalt in der Familie: Ausmaß und Ursachen körperlicher Gewalt, Gewis, Hamburg, 1991, p.196-197.
  9. M.J. Kwong, K. Bartholomew et D.G. Dutton, « Gender Differences in Patterns of Relationship Violence in Alberta », Canadian Journal of Behavioural Science, vol. 31, n o 3, 1999, p. 150-160.
  10. M.B. Brinkerhoff, E. Grandin et E. Lupri, « Religious Involvement and Spousal Violence: The Canadian Case », Journal for the Scientific Study of Religion, vol. 31, n o 1, mars 1992, p. 23.
Part 2
  1. 11. M.E. Szinovacz, « Using Couple Data as a Methodological Tool: The Case of Marital Violence », Journal of Marriage and the Family, vol. 45., mai 1983, p. 633-644.
  2. 12. K.L. Anderson, « Gender, Status, and Domestic Violence: An Integration of Feminist and Family Violence Approaches », Journal of Marriage and the Family, vol. 59, août 1997, p.655-669.
  3. 13. K.D. O’Leary, « Are Women Really More Aggressive Than Men in Intimate Relationships? » Psychological Bulletin, vol. 126, vol. 5, 2000, p. 685-689.
  4. 14. Centre canadien de la statistique juridique, 2000, p. 17-18, tableau 2.8.
  5. 15. Centre canadien de la statistique juridique, 2000, p. 14.
  6. 16. Archer, p. 658-659.
  7. 17. R.E. Dobash et R.P. Dobash, Violence Against Wives: A Case Against the Patriarchy, Free Press, New York, 1979.
  8. 18. Kurz, p. 91-92.
  9. 19. T.A. Migliaccio, « Abused Husbands: A Narrative Analysis », Journal of Family Issues, vol. 23, n o 1, 2002, p. 26-52.
  10. 20. T.A. Migliaccio, « Marginalizing the Battered Male », The Journal of Men’s Studies, vol. 9, n o 2, 2001, p. 1-18.

Conclusions

La violence, depuis la souffrance “invisible” jusqu’à la tragédie des conflits, est omniprésente dans notre monde. Chaque année, elle fait plus de 1.6 million de morts (14% des décès chez les hommes et 7 % chez les femmes), sans compter les blessés physiques, psychologiques et les carences affectives.

La violence dans les relations intimes est inacceptable, qu’elle soit le fait des hommes ou des femmes. Si les violences faites à l’égard des femmes sont de plus en plus connues, la violence à l’égard des hommes est un problème social complexe qui mérite aussi d’être soigneusement examiné. Il semble que la France soit encore en retard (comme souvent dans les domaines de la psychologie) sur ce sujet au contraire du Canada ou de la Belgique, comme le montre le communiqué de presse du SSMSI (2022, panorama des violences en France) plutôt sexiste à l’égard des hommes.

S’il n’y avait qu’une chose à retenir de cet article, cela pourrait être :

La violence physique n’est que la partie immergée de l’iceberg. Ce qui nourrit cette violence, c’est la violence psychologique.

La violence naît d’un déséquilibre de pouvoir. Ou de l’échec des tentatives de dialogue et du déni des demandes de la personne qui voit ses besoins non reconnus.

Cela concerne tout le monde !

Mythe ou réalité ? Participez à notre enquête sur les violences conjugales. Avez-vous déjà rencontré cette violence en couple : Oui ? Non ?

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En 2021
 

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