Procrastination : demain est souvent le jour le plus chargé

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Procrastination : demain est souvent le jour le plus chargé

1 mai 2020 psychologie 0

La Procrastination, c’est cette fameuse tendance à remettre au lendemain les choses que l’on devrait faire aujourd’hui.

Alors qu’il arrive à chacun de repousser indûment une tâche, environ 20% des gens seraient adeptes de la procrastination chronique pour qui retarder l’accomplissement de ce qu’ils ont à faire à la maison, au travail (ou dans leurs études) ainsi que dans leurs relations est un mode de vie.

Il a été montré que les personnes qui ont une tendance chronique à procrastiner subissent des conséquences négatives dans une variété de domaines de la vie. Elles auraient tendance à être plus stressées et en moins bonne santé (une partie de ce stress supplémentaire, notamment, serait attribuable aux reproches et critiques que les procrastinateurs s’infligeraient selon une étude menée par Sirois).

Procrastination, c'est quoi ?

Procrastiner correspond au fait de repousser intentionnellement la réalisation prévue d’une action. Mais une deuxième condition est nécessaire pour les puristes. On repousse l’action mais ceci malgré l’anticipation des conséquences négatives dues à cet ajournement. Ainsi le terme procrastination n’est pas approprié s’il s’agit d’un ajournement stratégique, qui retarde la prise de décision de manière rationnelle.

 

Notre nature

Néanmoins il faut savoir que c’est notre nature. L’Homme est en quelque sorte “programmé” pour ça depuis qu’il se tient sur ses deux jambes. Julien Vion explique : « Notre cerveau est branché sur le circuit du plaisir depuis l’aube de l’Homo sapiens. C’est un système très puissant qui nous pousse à aller chercher le plaisir immédiat, plutôt que de faire face à la tâche difficile, même si elle amène un plaisir plus important lorsqu’elle est terminée. »

Timothy Pychyl, professeur de psychologie à l’Université Carleton au Canada, spécialiste de la question, définit la procrastination comme étant « un retard volontaire d’une action prévue en dépit de la connaissance que ce retard est préjudiciable tant aux performances qu’à la manière dont la personne se sent vis-à-vis de la tâche ou d’elle-même. » Le paradoxe est là : le procrastinateur choisit délibérément de reporter une tâche qu’il a pourtant décidé de réaliser, et même s’il sait qu’il devra souffrir des conséquences malheureuses de ce report.

Pourquoi procrastinons-nous ?

La procrastination est un fardeau qui nous accompagne depuis la nuit des temps. Même si ce phénomène touche de plus en plus de monde à travers le monde (Steel, 2007).

Plusieurs raisons expliquent notre tendance à reporter des tâches importantes. Tout comme il existe différents types de procrastinateurs, il y a autant de raisons pour lesquelles nous cédons face à la procrastination.

Certaines personnes ont naturellement plus de mal à s’auto-réguler. Il sera alors plus facile pour eux de céder à la procrastination que pour les personnes de nature plus concentrées et orientées vers leurs objectifs.

Selon Kelly McGonigal, psychologue et auteur de The Willpower Instinct, « la volonté, c’est la réaction à un conflit interne ». Par exemple, vous avez un article à rendre dans quelques jours, mais vous passez votre temps à nettoyer votre placard, faire une nouvelle playlist Spotify ou regarder des vidéos Youtube. Selon votre instinct de volonté et d’autodiscipline, vous pourrez vous arrêter de vous focaliser sur ces tâches parallèles non urgentes et vous concentrer sur celle qui demande réellement votre attention. Il s’agit là d’un conflit interne connu de nombreux d’entre nous : savoir qu’il faut accomplir une tâche, et pourtant passer son temps à faire autre chose !

Certains auteurs considèrent que plus le contrôle sur soi est important, plus les chances de réussir sont grandes.

Cette raison renvoie à la distinction entre le soi présent et le soi futur.  Vous savez probablement ou avez entendu parler du «test de guimauve de Walter Mischel» dans les années 70, pour tester la volonté des enfants. Un enfant est laissé dans une pièce avec un Marshmallow pendant une certaine période et si il arrive à s’empêcher de manger la seule guimauve qu’il a, il en recevra une autre à la fin de l’expérience. Comme vous pouvez l’imaginer, certains enfants ont cédé à la tentation et ont mangé leur seule guimauve.

 

La récompense immédiate

Le système qui évalue la récompense est propre à chaque individu, et caractérise ce que l’on appelle l’impulsivité. Certains préfèrent une récompense immédiate quand d’autres s’intéressent à une récompense différée « plus importante ».

Cette étude montre notre préférence pour une satisfaction immédiate sur les récompenses à long terme. Il en va de même pour nos tâches. Puisque nous savons que la récompense de la tâche est encore loin, nous manquons de volonté à accomplir cette dernière. Et hop, on la met de côté et on se met sur des choses qui offriront une satisfaction immédiate.

Lorsque l’on est confronté à des tâches difficiles, ennuyeuses ou pénibles, on a tendance à les reporter. Nous faisons ceci parce que ces tâches n’ont aucun sens particulier à nos yeux. Nous ne les gardons donc pas dans notre to-do list mentale immédiate. Parce que la tâche est ennuyeuse, difficile ou désagréable, on l’attribue tout simplement à notre soi futur.

Mieux procrastiner pour plus de créativité  

Attention, nous l’avons vu dans la définition. La vraie procrastination nécessite des conséquences négatives du fait de repousser l’action.

Alors que la procrastination peut nuire à la productivité, plusieurs recherches montrent que ça peut être un signe de créativité. Tout comme certains sont procrastinateurs de nature, le contraire est également vrai. Il y en a pour qui le fait de reporter une tâche est comme une agonie. Ces personnes sont appelées précrastinateurs.

 

Steve Jobs, Leonard de Vinci …

Steve Jobs, Leonardo Di Vinci et Bill Clinton, qu’est-ce que ces grands hommes ont en commun ? Ils se considéraient comme des procrastinateurs. Mais, pour ces personnes, l’acte de procrastination est en fait un processus de réflexion. Ils sont pleinement conscients qu’ils ont une tâche à accomplir, mais choisissent délibérément de la reporter jusqu’à la dernière minute. En évitant de se précipiter sur le travail, ils laissent libre cours à leur imagination, se donnant ainsi du temps pour trouver la meilleure façon d’aborder la tâche.

3 types de procrastinateur

« C’est plus fort que moi », « Je suis comme ça ». Les individus qui souffrent de procrastination s’identifient à leur comportement, imaginant être condamnés à vie à ces reculs et retards répétés qui les caractérisent. Pourtant, ceux-ci sont le résultat d’habitudes liées à des besoins non satisfaits. Ils sont un moyen maladroit et inconscient de contrer des peurs, en préférant un plaisir immédiat.

Voici des clés pour identifier son scénario principal de procrastination.

Rapport de stage, proposition commerciale, présentation Powerpoint. Vous attendez systématiquement la dernière minute pour agir. Vous aimez le défi, vous disant : « je suis cap », « j’ai tout donné et ça a marché. Ou encore, « s’il voulait que ce soit fait à l’heure, il n’avait qu’à me le demander plus tôt ». De surcroît, il vous arrive un tas d’aventures : votre ordinateur est tombé en panne, vous avez perdu un document capital, le fournisseur vous a fait faux bond, etc. Vos collègues, chef, famille – ne supportent plus ces péripéties rocambolesques et le stress que vous leur causez. De fait, vous redoutez l’ennui ou l’indifférence à votre égard. Mais votre image professionnelle en pâtit : aux yeux d’autrui, vous n’êtes pas fiable. 

Les bénéfices. 

Vous gardez le pouvoir sur les autres en les plaçant dans l’attente ou en étant rebelle aux dates (heures) butoir. En parvenant à vous en sortir dans des situations impossibles, vous endossez le rôle de héros, ce qui prouve que vous êtes fort, « vivant ». Enfin, la reconnaissance! 

Prendre en main un projet, monter en grade, animer une conférence… Ce sera sans vous ! Vous ne supportez pas l’idée d’échouer. Ni même celle de réussir, parce qu’il faudrait en assumer les conséquences. La peur d’être jugé, comparé, évalué – révélant vos limites – vous taraude. Vous pensez, « je suis bien avec ce que j’ai », « si je veux, je sais que je peux ». Du coup, vous ratez des opportunités et dégradez votre estime personnelle. En quête d’idéal, de perfection, vous loupez des marches et retardez ainsi votre évolution. De l’auto-sabotage! 

Les bénéfices. 

Vous ne décevez ni les autres, ni vous-même. En vous protégeant de toute évaluation, vous restez dans votre confort, dans un train-train rassurant, vous gardant de toute frustration. 

Dates de vacances, inscription à une formation, type de moyen de transport… Vous êtes tétanisé. Pourtant vous avez tous les éléments en main pour arrêter votre choix. Vous vous compliquez la vie en rajoutant une série de critères superflus. Vous vous racontez, « je pars en déplacement, si j’obtiens tel résultat et si… », « Ce module de stage semble bien, mais il se déroule loin, il n’aborde pas tel point, les horaires sont décalés… ». Et quand on vous sollicite, vous ne donnez pas suite. A force de tergiverser et de chercher des raisons logiques à votre report, vous vous coupez de vos envies et émotions. Et vous fatiguez les autres qui vous voient comme un créateur de problèmes. Au final, ce sont eux qui décident pour vous. 

Les bénéfices. 

Vous évitez de vous tromper et de vous exposer au « qu’en dira-t-on ? ». Vous vous économisez en restant en-dessous de vos capacités.

Conséquences sur la santé

Différentes études suggèrent un lien causal possible entre la procrastination et les troubles et comportements suivants : anxiété, faible estime de soi, perfectionnisme, ennui et apathie, ainsi que l’impulsivité. 

D’autres facteurs peuvent également être associés à la procrastination : peur de l’échec ou de la difficulté, peur de la réussite, manque de motivation ou difficultés de concentration, surmenage professionnel (burn-out). L’absence de plaisir et de récompense immédiate peut aussi être un facteur.

Les conséquences de la procrastination sont une accentuation du stressun sentiment constant de culpabilité, une perte de productivité. Mais cela peut être aussi un jugement social lié au regard des autres et à la fuite de ses responsabilités (par exemple au travail), ainsi qu’une stigmatisation. Le trouble peut être interprété par l’entourage comme de la paresse, ou un manque d’ambition.

En conclusion, la Procrastination

Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, procrastiner ne signifie pas non plus être paresseux ni mal organisé. Certains procrastinateurs sont même très actifs, tant que l’occupation à l’instant T est plus agréable que la tâche aversive à accomplir.

Comme compagnon à la procrastination, Internet remplit le profil idéal. Bien souvent à la portée d’un clic de souris, il permet de laisser libre cours aux comportements impulsifs des procrastinateurs.

 

La partie visible de l’iceberg

Néanmoins quelques soient les situations, il est alors nécessaire de se poser la question du pourquoi l’individu procrastine. Ainsi souvent, la procrastination n’est que la partie visible de l’iceberg. Elle est l’expression d’un problème plus profond. 

Tant que ces causes n’auront pas été mises en évidence, les procrastinateurs seront contraints de subir les mêmes comportements et ne seront plus maîtres à bord de leur propre navire. La procrastination prive la personne de son libre arbitre. Ainsi celle-ci devient incapable de faire coïncider ses intentions avec ses actions. Les conséquences se quantifient en termes d’inefficacité, de manque à gagner ou encore d’opportunités manquées mais au final, la procrastination est fondamentalement du temps que l’on se vole à soi-même.

 

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