Prisme cognitif et échelle cognitive

Tests of personality - tests de personnalité

Prisme cognitif et échelle cognitive

21 mai 2019 psychologie 0

Prisme cognitif

Notre prisme cognitif influencent nos prises de décisions heureuses ou … malheureuses.

Êtes-vous certain d’être toujours rationnel dans votre jugement ? Pouvez-vous affirmer que votre raisonnement est objectif en toutes circonstances ?

Effectivement, nos pensées, croyances et décisions sont marquées par des biais cognitifs, (mais pas seulement),  qui influent sur notre perception de la réalité. En définitive, par notre prisme cognitif, nous découvrons que l’information que nous percevons, que nous traitons puis utilisons, peut être déformée d’une manière consciente, mais le plus souvent inconsciente. Ainsi les biais, les dissonances, mais aussi tout simplement notre état d’esprit, notre attention, nos tensions émotionnelles, nos croyances et nos valeurs, nos schémas et nos stratégies influent sur le traitement de l’information et les prises de décisions qui s’ensuivent. De fait, que ce soit en situation professionnelle ou dans notre vie personnelle, notre prisme cognitif influence fortement nos décisions, notre réussite, notre bien être et nos relations.

Quelques rappels sur la cognition

L’approche cognitive est l’approche actuelle en psychologie.  C’est celle qui a été utilisée par Daniel Kahneman, lauréat du « prix Nobel d’économie » en 2002 pour ses travaux sur la théorie des perspectives, base de la finance comportementale et de ses Golden Boys.

Aujourd’hui le terme cognition est utilisé pour désigner les processus de traitement de l’information. Tels que le raisonnement, la perception, l’apprentissage, la mémorisation, le langage, les besoins et les motivations, l’émotion, les croyances et les valeurs. Mais aussi les systèmes de récompenses, les marqueurs somatiques influencent nos prises de décisions. En revanche, ce terme est aussi utilisé dans d’autres domaines comme l’informatique et le Big data. Un bon exemple est le fameux IBM Watson et le business cognitif.

les 3 vagues cognitives

En psychologie, la 1ère vague n’était que comportementale (Behaviorisme) dans le début du XX° siècle. Par conséquent, l’objectif était de changer nos comportements. 

Puis, en réaction au béhaviorisme, jugé déshumanisé, la vision déclarée de l’humanisme, la 2ème vague, fut le développement personnel. Partant de ce fait, elle annonça la révolution cognitive dont l’objectif est de changer nos pensées. Ainsi, elle s’intéressa à la « boite noire », à ce qu’il se passe dans notre cerveau pour gérer l’information (stimulus / réaction). 

Puis enfin la 3ème vague, récente, prônant l’acceptation et l’engagement, a pour objectif de s’adapter à nos pensées et émotions, au lieu de vouloir absolument les changer. A cet égard, c’est la vague de la flexibilité situationnelle.

Au fond, personnellement, j’attends avec impatience une 4ème vague, qui soit plus dynamique. C’est-à-dire plus globale et systémique (dans le sens d’Edgar Morin) et moins psychométrique (Ne mesurons que ce qui peut être décrit avec des hypothèses testables). Mais réflexion toute faite, c’est un autre débat qui ne rentre pas dans l’objet de cet article.

Le coaching

En fin de compte, le coaching s’inspire toujours fortement des modèles issus de la pratique psycho-thérapeutique. Cependant, à la différence, il met en avant la fabrication de solutions, d’un plan d’action opérationnel et tangible, la détermination d’objectifs impactant directement la vie professionnelle et sociale.

Le traitement de l’information à travers les relations interpersonnelles et le prisme cognitif: le modèle des 101

La partie visible de nos relations interpersonnelles se traduit par exemple par notre type de management, nos relations de couple, notre cohésion en équipe. En bref, c’est la partie comportementale.

Cette partie visible dépend de nos capacités de relations interpersonnelles. Néanmoins cette partie est moins visible et correspond à nos capacités cognitives. Toutefois ces capacités ne sont pas naturelles pour l’homme. Ainsi cela va dépendre de la manière dont nous allons gérer l’information.

Stimulus / réaction

L’information reçue dans le domaine scientifique est appelé un stimulus. Ainsi, ce stimulus peut être externe causé par un individu (relation) mais aussi par notre environnement. En effet, cela peut-être le mouvement d’un animal, d’un véhicule, ou un coucher de soleil mais aussi une situation (une urgence, une augmentation de salaire, une pression sociale…). D’autre part, ce stimulus peut être interne. C’est à dire conscient comme la douleur à un pied, ou inconscient comme le taux de sucre dans le sang, que notre cerveau va gérer en mode automatique. Mais encore, cela peut être des pensées, conscientes ou inconscientes, qui peuvent nous occupées ou être gérées aussi en mode automatique.

Ainsi, notre cerveau gère des millions d’informations. Cependant la plupart sont gérées en mode automatique, sans que l’on en soit conscient.

Au final une information, un stimulus va générer une réaction. Considérant ici qu’une non-réaction comportementale est aussi bien une réaction. C’est bien une prise de décision, consciente ou inconsciente, d’ignorer une situation, un propos, un stimulus. Hors ce qui nous intéresse c’est justement le traitement de l’information qui nous amène à une prise de décision.

Emetteur / récepteur

Dans le cadre des relations, nous postulons qu’il y a un émetteur qui va émettre de l’information et un récepteur qui va recevoir l’information et générer un feed back. Cette information va être gérée à travers notre prisme cognitif.

Tout d’abord, le flux de l’information dans la relation peut être séparé en 2 phases. La phase de communication observable (celle de l’émetteur et celle du récepteur en retour) et la phase cognitive non observable directement (du récepteur). A vrai dire, la phase de communication a souvent été développée par le passé car elle est facilement observable. La partie « cognitive » non observable directement est basée sur nos croyances (sur soi-même, sur les autres et sur le monde), nos valeurs, nos besoins et nos motivations. Cette partie cognitive non observable directement peut être divisée en 3 parties fonctionnelles.

3 fonctions

  1. L’accueil de l’information : qui dépend de nos sens, de notre attention, de notre concentration. C’est notre état d’esprit.
  2.  Le traitement de l’information : qui dépend de nos hypothèses de compréhension et d’actions potentielles, de nos prédictions attenantes, de nos capacités intellectuelles et émotionnelles. C’est notre raisonnement.
  3. L’utilisation de l’information : c’est la catégorisation de l’information et sa mémorisation liée à la prise de décision (marqueurs somatiques et conséquences envisagées). Puis l’action qui s’ensuit.

Le modèle des 101

Le modèle des 101 (%) suggère qu’il peut y avoir une déperdition de l’information entre l’émetteur et le récepteur puis le feed back généré en retour.

Effectivement, si l’émetteur veut communiquer sa pensée, il peut y avoir une 1ère différence entre ce qu’il veut dire (a) et ce qu’il dit réellement (b). On peut déjà considérer une perte d’information à ce stade ci. Perte qui peut conditionner lourdement l’interprétation et la prise de décision du récepteur. Arbitrairement cette perte est estimée à 20%. C’est arbitraire puisque cela dépend des capacités de votre interlocuteur et de la situation.

Ce qui nous intéresse plus particulièrement est néanmoins ce que le récepteur va comprendre et ce qu’il va en faire. Ce n’est donc pas la partie communication mais bien la partie cognitive non-observable. La gestion par le récepteur de l’information.

Accueil du Récepteur

Cela va déjà dépendre de l’accueil du récepteur.  C’est-à-dire de son attention, de sa concentration mais aussi de son état d’esprit du moment. En d’autres termes de sa perception (c). Ici aussi arbitrairement on estime une perte de 20% du signal, de l’information. Nous sommes déjà à 40% de pertes.

Traitement de l’information

Puis le récepteur va traiter l’information, l’interpréter. Ce traitement de l’information va dépendre de ses motivations et besoins, des biais utilisés et des possibles dissonances que cela peut générer (conflit de valeurs). Par exemple il est reconnu que si une information comporte beaucoup de points positifs et un seul point négatif, néanmoins notre attention va porter et mémoriser uniquement le point négatif. D’autre part, notre cerveau a ses limites. Par exemple notre mémoire de travail ne nous permet de mémoriser que 7 (plus ou moins 2) éléments à la fois. On estime de nouveau une perte de 20 % de l’information (d).

Utilisation de l’information

Puis en fonction de nos motivations et nos besoins, de nos peurs ou de nos positions et stratégies d’évitement, de nos valeurs et croyances nous allons émettre des hypothèses. Nous allons prédire les conséquences de ces différentes hypothèses et prendre une décision. Cette décision peut engendrer une action ou pas. Dans tous les cas une décision est prise et engendra un comportement visible par  l’émetteur. Ici aussi, en fonction de la gestion  de mes décisions, il y a une déperdition de l’information de 20% (e). Effectivement en fonction de la manière dont j’ai l’habitude d’affirmer mes pensées (assertivité) et de gérer mes décisions (Conscenciosité, persévérance, impulsivité…), l’information est de nouveau biaisée, modifiée par son utilisation.

Feed back

Enfin nous allons réagir à l’information reçue et donc communiquer. Je vous rappelle que ne pas communiquer verbalement est déjà une communication en soit même. Se rajoute toute la communication non-verbale qu’il est plus difficile à conscientiser. Mais de la même manière, entre ce que je veux dire et ce que je dis, il y aura encore une déperdition de l’information (f).

Il ne nous reste plus que 1% de l’information initiale (101%) que notre interlocuteur voulait nous transmettre.

Ce modèle des 101 illustre tous les risques potentiels de déperdition de l’information lors d’un échange interpersonnelle. Mais le principe reste le même quelque soit le type de stimulus.

Notre prisme cognitif influence consciemment et inconsciemment le traitement de l’information et l’interprétation que l’on peut y faire.

Le modèle des 101 implique que 81 % du flux d’information dépend de nous

Aujourd’hui de nombreux tests psychométriques permettent de mesurer nos besoins, nos traits de « personnalité », nos processus cognitifs (besoin de cognition, Big 5, estime de soi…).  Néanmoins ces tests, de par leur fondement scientifique, ne permettent pourtant pas d’appréhender de manière globale le comportement de tout à chacun d’une manière pragmatique (et non pathologique) et dynamique (je peux changer ou m’adapter en pleine conscience). Même si Carol Dweck, professeur à l’université  Stanford, avec son approche sur les états d’esprit a ouvert dernièrement la porte sur la possibilité de pouvoir changer les composantes essentielles de notre personnalité.

C’est dans cette volonté d’obtenir un modèle dynamique, pragmatique, opérationnel et utilisable par et pour la plupart d’entre nous que l’échelle cognitive a été proposée. Cette échelle identifie et mesure 6 biais potentiels de notre prisme cognitif.

L’échelle cognitive mesure notre prisme cognitif

L’échelle cognitive mesure 2 biais fondamentaux, à chacune des 3 étapes de la gestion de l’information, qui va influencer fortement nos raisonnements, nos prises de décisions et notre comportement.

L'échelle cognitive cible 6 principaux filtres

 

Au premier niveau se trouve 2 échelons pour l’accueil de l’information.

En fonction de l’estime (de soi et d’autrui) et de son état d’esprit, on accueille différemment l’information. Ai-je ma place ? Est-ce immuable ? En fin de compte, de la réponse a ces questions, va dépendre l’attention, la concentration particulière sur l’information que l’on va accueillir.

Estime:

le mode de relation que nous établissons avec les autres est conditionné par l’image que nous faisons d’eux et de nous-mêmes. En fonction de cette représentation, nous adoptons certains comportements, et filtrons l’information différemment.

L’Analyse Transactionnelle (AT – Eric Berne 1950) distingue 4 positions basées sur la valeur que chaque personne attribue. Je suis OK+ avec moi-même et OK+ avec les autres. Sentiment de supériorité OK+/OK-. Sous-estime OK-/OK+…

Etat d’Esprit:

Carol Dweck démontre que l‘état d’esprit a un impact capital sur la réussite de notre vie. Une personne avec l’état d’esprit fixe pense que l’intelligence est innée et ne peut changer. Le point de vue que vous adoptez sur vous-même affecte profondément la manière dont vous conduisez votre vie et vos relations. « J’ai vu tant de personnes animées par ce but insatiable de faire leurs preuves. Chaque situation réclame une confirmation de leur intelligence, de leur personnalité ou de leur caractère. Chaque situation est évaluée: est-ce que je réussirai ou est-ce que j’échouerai ? Est-ce que j’aurai l’air intelligent ou idiot ? Ou alors est-ce que je serai accepté ou rejeté ? »

L’avarice cognitive (recherche d’information), le besoin d’évaluation (Bien ou mal) et le besoin de clôture (gestion de l’incertitude) sont les premiers filtres appliqués à l’information que vous recevez, et sont une bonne indication de votre état d’esprit.

Au 2ième niveau se trouve 2 autres échelons pour le traitement de l’information

En fonction de nos attentes, de nos peurs et de notre flexibilité, on traite différemment l’information. Ai-je de la valeur ? Qui contrôle ? Ainsi de la réponse à ces questions, on va traiter l’information sous des perspectives différentes. Par ailleurs rentre en compte des notions de conséquences potentielles de nos décisions et de prédictions.

Caractères névrotiques:

la gestion de nos émotions (anxiété, colère …) est une 5 caractéristiques étudiée dans les approches psychométriques du Big 5 (OCEAN), le test le plus utilisé au monde dans le recrutement et par les scientifiques. Le névrosisme, mis en opposition à la stabilité émotionnelle, se définit notamment comme le système de régulation de l’activation des conduites d’évitement, de fuite et d’anxiété. Il mesure la perception de menace, qu’elle soit réelle ou symbolique, et la stratégie relationnelle que nous mettons en place. Les informations reçues seront traitées et biaisées en fonction de ses stratégies.

Flexibilité et lâcher prise:

la 3ème vague des approches cognitives et comportementales consiste non plus à changer ses pensées, mais à les voir sous un angle nouveau. Acceptation, valeurs et engagement sont les maîtres mots des approches de mindfulness. Notre besoin de contrôle (peur), notre hypersensibilité ou tout simplement la peur de l’inconnue nous font analyser l’information avec des biais émotionnels. Sommes-nous bien toujours flexibles, et donc ouvert, à l’instant présent pour pouvoir traiter l’information d’une manière rationnelle  et prendre les décisions adaptées ?

Enfin les 2 derniers échelons gèrent l’utilisation de l’information

En fonction de notre impulsivité et de notre authenticité, on utilise différemment l’information. Suis-je ouvert ? Suis-je authentique ? En fonction des réponses, on va décider d’agir sur la base de stratégies prédéfinies ou sur la base d’injonctions.

Conscenciosité:

Le caractère consciencieux, mis en opposition avec l’impulsivité renvoie davantage à la motivation et l’organisation, la persévérance dans les conduites orientées vers un but. Dans son versant dynamique, le caractère consciencieux permet d’identifier la capacité à travailler avec des objectifs, anticiper et planifier le travail, organiser et mettre en œuvre l’action notamment. L’empathie et le respect du bien être sont aussi des objectifs. Les injonctions inconscientes peuvent faire perdre de vue l’objectif initial.

Affirmation et assertivité:

oser être soi-même du point de vue professionnel ou personnel, c’est simplifier (contrairement à ce que l’on croit) les relations interpersonnelles, les éclaircir. C’est se révéler, devenir capable d’assumer des moments difficiles, de prendre des responsabilités promotionnelles. Les comportements sont des réponses traditionnellement apprises, transmises et utilisées par nous tous pour faire face à des situations tendues. L’assertivité, dans notre monde moderne, est impérative pour exprimer fermement et tranquillement son point de vue, en défendant ses droits tout en respectant ceux des autres.

Exemple

Exemple d’échelle cognitive qui permet de visualiser facilement nos points de faiblesse. L’échelle cognitive de droite est l’idéal recherché. Si nous pouvons l’atteindre dans certaines situations, dans d’autres situations il y aura toujours un échelon plus fragile.

L’échelle de gauche montre une personne ayant une forte estime d’elle-même et pouvant se montrer arrogant avec les autres. Avec une propension à l’état d’esprit fixe, les choses sont immuables. Sa faible tolérance à l’ambiguïté, la pousse à être dans l’ultra-contrôle et une position distante dans ses relations aussi bien professionnelles que personnelles lui permet de mieux contrôler son impulsivité, sa tendance à être agressif ou un peu manipulateur dès qu’elle se sent en insécurité.

Cette description n’est qu’une tendance situationnelle, un risque potentiel. Fort heureusement, ces tendances peuvent être modifiées ou modulées. Faut-il en prendre conscience et les déjà les accepter.

Faire le test de l’échelle cognitive (version gratuite simplifiée)

Conclusion

Le prisme cognitif représente la gestion de l’information et les distorsions que notre cerveau au sens large (corps et esprit) peut appliquer à l’information (stimulus externes et internes). L’échelle cognitive reprend 3 niveaux de la gestion de l’information et les biais (sens général) conscients ou inconscients que nous reproduisons automatiquement.

L’échelle cognitive ne se veut pas exhaustive. L’objectif est de cibler des stratégies comportementales observables et des croyances qui peuvent facilement dans notre quotidien nous rendre subjectifs, partiaux et entacher nos prises de décisions.

Il ne s’agit pas de changer obligatoirement. Cela reste notre choix. Mais plus d’être conscient, d’apprendre à l’accepter et même d’en faire une force pour s’engager plus facilement dans notre vie professionnelle ou personnelle.

Elle est applicable dans notre management, notre leadership qui n’est pas inné, dans la cohésion d’équipe, mais aussi dans nos relations de couple ou de famille. Nos comportements peuvent différer dans le cadre professionnel ou le cadre de vie personnelle, mais notre personnalité et notre prisme cognitif restent les mêmes. La qualité de nos relations interpersonnelles ne dépende pas que de nous mais nous sommes les seuls responsables de nos comportements  et cognitions, de notre prisme cognitif.

 

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