Sommes nous tous des psy?

Sommes nous tous des psy?

31 octobre 2017 psychologie 3

Passages du livre de Jacques Philippe Leyens & Nathalie Scaillet (Ed. mardaga), sommes nous tous des psy ?

Les théories implicites de la personnalité (TIP)

Les gens surestiment l’importance de la personnalité pour expliquer les comportements et sous-estiment le rôle des circonstances, du contexte. On parle alors d’erreur fondamentale. Tout le monde commet l’erreur fondamentale et a recours à des théories naïves de la personnalité. Même les psychothérapeutes, d’autant plus les psychanalystes qui n’ont pas été sensibilisés à l’importance du contexte. Même si, et heureusement, les psychologues sont meilleurs que les autres pour se former des impressions correctes sur autrui.

Les gens détestent se tromper. On parle d’avarice cognitive quand, par peu d’efforts intellectuels, les gens se contentent des réponses les plus accessibles. Pourquoi faire compliqué, quand les choses peuvent « être » simples.

Les théories implicites de la personnalité (TIP) sont non scientifiquement fondées, et chacun y a recours pour se juger lui-même ou autrui, pour expliquer et prédire son comportement ou celui des autres. Ces théories sont dites implicites, ou naîves, parce que ceux qui les possèdent n’en sont pas nécessairement conscients et ne savent probablement pas les exprimer de manière formelle.

 

Tombés dans le piège

Un bon exemple est l’étude effectuée par Langer et Abelson (1974). Ces 2 auteurs ont présenté un enregistrement magnétoscopique de l’interview d’une personne qui, dans la moitié des cas était présentée comme un candidat pour un travail quelconque et, dans l’autre moitié, comme un patient. Les sujets de l’étude étaient soient des thérapeutes behavioristes, soient des psychanalystes. La tâche de chacun était de juger le degré d’ajustement émotionnel de l’individu dont ils venaient de voir l’interview.

Si le sujet interviewé apparaissait comme bien ajusté émotionnellement quand il était présenté comme candidat par les 2 groupes, il devenait pour les psychanalystes comme mal adapté si présenté comme un patient. Pourtant l’interview restait identique et seul le label changeait.

C’est une bonne démonstration de notre tendance à avoir des a priori au détriment des faits.

Les attributions

Ces théories peuvent être entitéistes (elles considèrent les traits de personnalité comme stables et invariants) ou incrémentalistes (les traits sont dynamiques et variables) comme dans les dernières propositions de C. Dweck (2010).

Le contrôle et la prédiction de notre environnement exigent de notre part que nous puissions distinguer ce qui est stable dans cet environnement de ce qui ne l’est pas. Dans la vie quotidienne, nous sommes très souvent confrontés à de tels événements, pour lesquels nous n’avons pas d’explication immédiate et évidente. Pourtant nous leur trouvons une explication, et généralement nous sommes convaincus du bienfondé de celle-ci. 

Les psys parlent d' »attributions ». Ils vont d’ailleurs examiner les éléments que les gens prennent en compte, ou négligent. Si des biais et des erreurs systématiques se produisent, alors ils espèrent étudier le pourquoi et le comment. Ce biais dans nos attributions nous permet de protéger notre estime de soi (biais de complaisance).

La persistance des théories implicites

Bien souvent nous donnons foi surtout aux études  dont les résultats sont compatibles avec nos positions. Pire, si nous apprenons qu’une étude imparfaite va à l’encontre de nos positions initiales, nous allons renforcer celles-ci. La démonstration est éloquente avec le covid et les antivax. Les positions prudentes et nécessaires, scientifiquement parlant, sur les résultats des études en 2020, ne font que renforcer la défiance de certaines personnes.

D’ailleurs une étude de cas, ou les propos d’un voisin ne seront que plus crédibles que 10 recherches empiriques basées sur des centaines de cas. C’est la prégnance du concret versus la dépersonnalisation des statistiques. Mais comme le démontre D. Kahneman, notre système 1 n’aime pas trop les statistiques. Nous avons tous tendance à rechercher la confirmation plutôt que l’infirmation (Voir l’exemple des cartes A, K, 8, 5 dans notre quizz sur les biais)

Notes

Les pires atrocités, actives ou PASSIVES, que nous pouvons ou non commettre selon le regard qu’on porte sur elles (Bonne foi, bonne intention, légitimité, …)

En particulier, ne confondez pas entre personnalité et attitude … ma personnalité c’est qui je suis … et mon attitude dépend de qui vous êtes et de comment vous vous comportez (Théorie Implicite de la Personnalité)

Les époux des mariages heureux sont ceux qui sont ouverts constructivement sur les conflits.

Par conséquent, ce qui devrait être intéressant pour chacun est de comprendre ce qui se passe. D’être un partenaire intéressé et motivé, qui accepte de se tromper (le moins possible) pourvu qu’il garde la cicatrice.

L'erreur fondamentale ...

En conclusion, l’erreur fondamentale est basée sur l’impression d’avoir les infos:

  • L’avarice cognitive: on aime la simplicité (inconsciente ou motivée)
  • L’avis des gens: « moi j’ai un ami » confirme toutes les théories de l’humanité
  • On confirme plus que l’on infirme
  • L’effet Pygmalion (et les rats débiles)

C’est pourquoi les gens ignorant ou non, quand ils se trompent, vont de toute façon, mettre un éventail de stratégies qui leur donnent l’impression d’avoir raison.

Nous avons tous tendance à psychologiser, c’est à dire à imaginer que les individus et leur personnalité sont de prime importance. Cela nous amènera, sans se rendre compte, à émettre des jugements basés sur des stéréotypes. L’erreur fondamentale est un biais particulier de sur-attribution à la personnalité

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3 réponses

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