Intégration de l’ennéagramme ou désintégration

Intégration de l’ennéagramme ou désintégration

13 décembre 2022 ennéagramme 0

Intégration de l’ennéagramme.

Il existe beaucoup d’opinions sur les flèches de l’Ennéagramme, les fameuses flèches d’intégration et de désintégration. Selon certains les directions spécifiques du stress et de l’intégration sont un «mythe démystifié». Selon d’autres, les directions des flèches sont toujours pertinentes. Alors, qu’en est-il ?

image Pixabay

Comme souvent l’explication est certainement au milieu. Je ne fais pas du 9, mais j’aime beaucoup l’analyse de Cicci Lyckow Bäckman (Suède, 2022, « stress, change,  disintegration and growth ») qui considère que oui, tout individu se déplace potentiellement dans les 2 directions, mais que cela n’enlève pas la signification profonde de chacune de ces lignes. Tout dépend du filtre que nous utilisons pour comprendre ces flèches intérieures.

Fondamentalement, il y a deux camps dans cette discussion. Celui où nous pouvons nous déplacer dans les deux sens à la fois en « stress » et en « croissance ». Et celui où la direction spécifique des flèches a une signification.

Rappels sur la désintégration et l’intégration de l’ennéagramme

Les lignes et les flèches représentent le mouvement que chacun des 9 types de personnalité effectue dans certaines situations ou dans des circonstances particulières (Stress, découragement, perte de contrôle ou à l’inverse épanouissement, maturité …). C’est ici que la confusion survient, car au début du développement de l’Ennéagramme, on pensait qu’il y avait une “bonne” flèche (flèche d’intégration) et une “mauvaise” flèche (flèche de désintégration) vers lesquelles vous vous dirigiez. La flèche d’intégration et la flèche de désintégration telles que représentées dans le diagramme ci-dessous.

Ainsi le type 3 s’intégrait en 6, devenant plus loyal avec les autres, mettant aussi son efficacité à leur service. Ou il pouvait se désintégrer en 9, perdant espoir et devenant apathique, passif agressif.

Il a été suggéré que lorsque nous avancions vers la « bonne » flèche, nous devenions des humains plus développés. Et que lorsque nous voyagions le long de la « mauvaise » flèche, nous compromettions notre développement.

Originellement, la flèche d’intégration représente les forces que nous devons développer afin d’équilibrer les limites de notre type de personnalité principal. Lorsque nous intégrons les ressources fournies par notre type d’intégration, nous acquérons une perspective plus large, nous pouvons relever plus de défis avec facilité et nous nous retrouvons à rester calmes sous la pression.

Cependant, nous nous dirigeons rarement vers l’une ou l’autre flèche de manière consciente. Plus souvent, nous nous dirigeons vers elles avec un niveau de conscience limité. Pourquoi donc?

Lorsque les stratégies adaptatives de notre type primaire ne sont pas en mesure de gérer la situation dans laquelle nous nous trouvons, notre subconscient cherche naturellement d’autres moyens de nous protéger et de répondre à nos besoins. En gros, on se dit : « OK, mes stratégies habituelles ne fonctionnent pas, qu’est-ce que je peux essayer d’autre ?

Nouvelle approche

Mais aujourd’hui certaines écoles (de pensées) considèrent que nous nous déplaçons potentiellement sur les 2 flèches. Ainsi un 3 peut tout aussi bien capter les forces du 9 ou du 6 que ses faiblesses.

D’ailleurs comme l’indique Katherine Fauvre (US, 2019, Errors in the transmission of the enneagram, wing types, and lines of connection), « Naranjo a déclaré en 1996 qu’il avait été mal cité lors de l’enseignement de son hypothèse sur les flèches dans un premier groupe SAT (Seekers After Truth) dans les années 1970 ». Cette citation erronée a fait le tour du monde. Il l’aurait corrigé dans son premier Enneagram Intensive à Bolder Colorado en 1996. En déclarant qu’il n’avait jamais voulu suggérer que nous nous déplacions vers une ligne positivement et l’autre négativement. Mais plutôt que nous nous déplacions vers les deux lignes de connexion, tout le temps. Il aurait la même considération pour les ailes. A savoir que notre type est simplement la tension entre nos deux ailes. Je dis bien « aurait » car si je me réfère à son premier livre édité en 2012 (Ennéagramme, caractère et névrose), (Corrigez-moi si je me trompe), Naranjo ne le précise pas.

 

Mon opinion

Pour ma part, conceptuellement je ne suis pas convaincu par cette nouvelle approche. Effectivement nous pouvons nous déplacer aussi bien sur la ligne d’intégration ou de désintégration. Mais ceci est valable pour les 8 autres lignes autres que notre ennéatype. N’est-ce pas la quintessence recherchée en ennéagramme de pouvoir se développer en intégrant les forces et vertus de chacun des 9 ennéatypes ? Et inversement ne nous arrive-t ’il pas d’avoir des comportements dysfonctionnels typiques de chaque ennéatype ? Pour autant ces comportements ne sont pas tous compulsionnels. Cette compulsion qui reste la base fondatrice de chaque ennéatype. Le raisonnement est aussi valable pour les ailes. L’ennéagramme est dynamique, et ne nous enferme pas dans une case. Nous avons donc bien besoin des 2 flèches intérieures spécifiques, mais comme nous avons besoin des autres flèches.

 

Exemple du type 3

Personnellement, faisant du type 3, quand je me retrouve dans une situation où je sens que j’ai tout essayé, que je suis découragé, désabusé alors je change de stratégie. La stratégie que j’adoptais avant d’en prendre conscience était toujours la même. Je devenais passif-agressif. Ainsi je laissais la personne ou la situation prendre le lead, je ne proposais plus aucune solution, je poussais même dans la direction qui me paraissait erronée. Je procrastinais. Maintenant que j’en ai bien conscience, je me laisse le choix. Je ne le fais plus de manière automatique, mais en pleine conscience. En assumant la responsabilité de mon choix. J’ai pu le vérifier tout au long de mes coachings depuis 20 ans auprès de mes clients quelque soit l’ennéatype.

Cela ne m’a pas empêché néanmoins, en tant que 3, de comprendre les forces du type 9, et de lâcher prise dans certaines situations, mais de manière bienveillante. Et accepter le risque de l’échec, car je ne peux tout contrôler. L’échec peut devenir au contraire quelque chose de beau qui rapproche 2 personnes dans un cadre de résilience, de loyauté et de partage.

La clef est d’observer, quand nous nous sentons sous pression, les stratégies que nous pouvons adopter pour gérer la situation.

La dynamique de l’intégration

Les phases d’intégration ou de désintégration peuvent être ponctuelles, sur le moment ou sur une journée, ou peuvent persister beaucoup plus longtemps.

Le stress conduit à une pression accrue ou une provocation de l’ego momentanée. Mais l’équilibre psychologique peut être compromis, et la désintégration peut s’installer sur du plus long terme. Nous pouvons tomber en dépression. Ou nous nous sentons de plus en plus abusés par les autres ou le monde en général. Nos défenses s’usent et nous faisons pire, mentalement et émotionnellement sans nécessairement s’en rendre compte. L’identification de l’ego se renforce et nous changeons de stratégie d’adaptation. Inversement dans le sens de l’intégration, notre équilibre psychologique est accru et nous nous identifions moins à notre ego.

La désintégration est le mécanisme par lequel, sous l’effet d’un stress négatif, un type est de plus en plus sous l’emprise de sa compulsion. Dans un premier temps, la personne manifeste les aspects les plus négatifs de son type. Ensuite elle y ajoute les défauts du type de désintégration.

Le mouvement d’intégration peut lui aussi être bref ou au contraire être installé de façon plus durable. Il marquera alors une amélioration majeure de la personne.

 

Ne pas confondre intégration et développement

Il ne faut pas confondre les niveaux d’intégration et les niveaux de développement. Les niveaux d’intégration ou de désintégration font référence au degré d’utilisation de comportements et pensées compulsives, conscients ou pas.

Les niveaux de développement font référence au degré de maîtrise de soi que les personnes ont atteints jusqu’à présent dans leur parcours de développement personnel dans la vie. Il s’agit aussi d’une mesure limitée dans le temps et qui changera à mesure que les gens investissent dans leur croissance personnelle, mais aussi à mesure que leur situation devient plus ou moins difficile. Le niveau de développement inclut bien entendu le niveau d’intégration de la personne, mais pas seulement

À un haut niveau d’intégration, on se dirige vers le Centre de l’ennéagramme, capable de « jouer » dans les coulisses, les lignes d’étirement et de relâchement, en maintenant votre type de base plus légèrement et plus fluidement. Cela a tendance à modérer les motivations, les comportements et les peurs de base du type d’ennéagramme principal d’un individu. De sorte que les individus à intégration élevée peuvent être plus difficiles à typer.

Identifier le niveau de développement

L’Institut Ennéagramme de Lyon a mis en place un questionnaire qui permet de mesurer le niveau de développement d’une personne. Le questionnaire mesure globalement la maîtrise de soi, les niveaux de conscience et de lucidité. Ceci selon trois niveaux de développement. Même si toutes les personnes peuvent basculer entre des comportements d’intégration élevés et faibles en fonction de leur contexte et de leur niveau de tension, il est probable qu’il y ait une concentration d’énergie et de comportement à un niveau particulier de développement à un moment donné.

À un haut niveau de développement, il y a un sentiment de « lâcher prise » des peurs et des préoccupations fondamentales à mesure que les gens comprennent et dépassent les limites de leur ennéatype de base.

A un niveau de développement modéré, ce sentiment de lâcher-prise est atténué par des comportements et pensées réactives, automatiques, typiques de notre ennéatype. L’ego prend dans une large mesure la direction de nos motivations.

À un faible niveau de développement, on peut dire que l’on est “piégé par notre type” avec beaucoup de comportements motivés par la peur et nos compulsions. Nous avons peu de capacité à accéder aux autres types.

 

Intérêts

Les niveaux permettent d’expliquer (en plus des ailes et des sous-types) les différences entre les personnes du même type ainsi que de la façon dont les gens changent pour le meilleur ou pour le pire. Ainsi, ils peuvent également aider les thérapeutes et les conseillers à identifier ce qui se passe réellement avec les clients et à suggérer des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent.

Pour bien comprendre une personne, il est nécessaire de percevoir où elle se situe sur le continuum de ces niveaux de développement. En d’autres termes, il faut évaluer si une personne se situe dans sa gamme de fonctionnement faible, modéré ou élevé. Ceci est important car, par exemple, deux personnes du même ennéatype différeront considérablement si l’une est dans un bon équilibre psychologique et l’autre pas.

 

Variation

A chaque niveau, des changements psychologiques importants se produisent. Par exemple, au niveau moyen, la personne essaie de se manipuler et de manipuler les autres pour répondre à ses besoins psychologiques. Cela crée invariablement des conflits interpersonnels. La personne s’est également pleinement identifiée à l’ego et ne voit plus que cela. L’ego doit donc être de plus en plus défendu et gonflé pour que la personne se sente en sécurité et garde son identité intacte. Si cela ne marche pas  et que l’anxiété augmente, elle peut passer au niveau faible. Son comportement deviendra plus intrusif et agressif à mesure qu’elle continuera à poursuivre son programme d’ego. Et ceci quel que soit l’impact sur les personnes qui l’entourent.

En revanche, le mouvement vers le niveau élevé, nous rend présent et éveillé dans nos esprits, nos cœurs et nos corps. Au fur et à mesure que nous devenons plus présents, nous devenons moins obsédés par les structures défensives de notre personnalité. Nous sommes plus à l’écoute et ouverts à nous-mêmes et à notre environnement. Nous voyons notre personnalité objectivement en action et agissons sur nos schémas automatiques.

 

Etude IEL

Le questionnaire mesure les niveaux d’affirmation de l’ego et les incongruences potentielles qu’il peut y avoir. Cette approche, différente je pense de celle de Don Riso, est nouvelle en ennéagramme, et demande à être explorer beaucoup plus en profondeur. Mais les premiers résultats sont prometteurs.

63% des personnes, dans notre étude (étude IEL Nov. 2022, sur 94 personnes), se considèrent assertives à travers notre questionnaire. Mais près de la moitié d’entre elles ne sont pas congruentes, et montrent des comportements qui peuvent être dysfonctionnels. En l’occurrence, les comportements agressifs et manipulateurs sont largement sous-estimés. Notre ego nous dévoile ce qu’il veut bien. Une discussion approfondie avec la personne permet de confirmer un niveau de développement modéré voir faible et de cibler des actions bien précises liées à l’ennéatype de la personne.

Conclusions

En fin de compte, l’objectif est que chacun de nous “se déplace” dans l’Ennéagramme, en intégrant ce que chaque type symbolise et en acquérant les potentiels sains de tous les types. L’idéal est de devenir une personne équilibrée et pleinement fonctionnelle qui peut puiser dans le pouvoir (les vertus) de chacun, selon ses besoins. Chacun des types de l’Ennéagramme symbolise différents aspects importants de ce dont nous avons besoin pour atteindre nos buts. Le type de personnalité avec lequel nous commençons la vie est donc finalement moins important que la façon dont nous utilisons bien (ou mal) notre type comme point de départ de notre développement personnel et de notre réalisation personnelle.

Dans le cadre de l’ennéagramme, l’identification de notre niveau de développement devient clef pour atteindre notre épanouissement personnel ou spirituel, ou de la performance professionnelle. Le lien entre nos comportements potentiellement dysfonctionnels peut être alors mis en relation avec notre ennéatype, encore plus efficacement. Elle devient une aide précieuse aussi bien pour la personne en recherche de développement que le psychothérapeute ou le coach.

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