Psychologie de la connerie

Tests of personality - tests de personnalité

Psychologie de la connerie

14 septembre 2019 psychologie 0

30 auteurs, 30 éclairages sur la connerie humaine, en positif ou négatif. 30 contributeurs et que du beau monde, psychologues, philosophes, sociologues et écrivains français ou étranger, sous la direction de Jean-François Marmiton. Rafraîchissant sauf pour les avares cognitifs (faire le test).

Nous somme tous des cons occasionnels, qui déconnent en passant, sans que ça prête trop à conséquences. Mais on est aussi toujours le con de quelqu’un. En final, ce livre ne parle que de vous, de moi. Mais nous ne nous y reconnaîtrons pas …

Pour rappel, les biais cognitifs sont les différents penchants dans le traitement de l’information et dans le raisonnement qui induisent nos multiples transgressions aux règles de logique et des probabilités. Ce sont des raccourcis, hautement fonctionnels, qui parfois nous conduisent à commettre des erreurs. On est tenté d’utiliser une heuristique, un raisonnement simplifié.

« Je déteste qu’on me fasse passer pour un con, j’y arrive très bien tout seul »

Quelques passages marquants

Le professeur Stanovich a élaboré un test de degré de rationnalité. (KE Stanovich et al. The rationality quotient : toward a test of rational thinking, MIT Press, 2016)

L’intelligence ne prémunit ni contre les biais ni contre la connerie. A force de faire l’expérience de transgressions non sanctionnées (excès de vitesse…), le cerveau intègre qu’il encourt très peu de risques, voir aucun … jusqu’au jour où…

Faire ce que l’on est pas censé faire est souvent un moteur de la stupidité … mais aussi de la créativité. La stupidité est bien plus subtile qu’il n’y parait.

Quand on se critique de façon chronique, on est dans le système 2, qui n’arrive pas à contrôler le système 1. Ce dernier peut avoir des obsessions.

Moins on a de connaissances, plus on a de convictions. Plus on a de connaissances et plus on a de doutes.

JJ Rousseau a lui-même abandonné ses nombreux enfants, et aurait acheté une jeune fille de 12 ans.

JF Marmiton, Ewa Drozda-Senkowka et le biais de confirmation de Peter Watson

Exercice #1:

4 cartes : D, 7, F, 5

 

Seuls 20% trouvent tout de suite la solution

« Quelles cartes devez-vous retourner pour vérifier la règle suivante : s’il y a un D au recto d’une carte, il y a un 7 au verso ? »

D & 5

D pour confirmer la règle

et 5 pour infirmer la règle.

Notre réflexe est souvent seulement de confirmer, et rarement d’infirmer !

 

Exercice #2:

« 2-4-6 » est une suite logique

 

La tâche parait très facile et banale, jusqu’au moment où l’on vous signifie que vous avez tout faux !

Continuez cette suite et trouver la règle qui la conduit !

8 – 10 – 12 est une suite logique, mathématique mais qui ne correspond pas à la règle imaginée pour cette suite. Recommencez !

Il suffit par exemple de proposer 3 – 5 – 7

Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué. Tellement simple qu’on y pense pas et que l’on a du mal à comprendre. En l’occurrence, il s’agit d’une progression, comme on aurait pu dire 4 – 6 – 8, ….

8 – 10 – 12, 4 – 8 – 12 ou 4 – 16 – 36 aurait impliqué en plus de la progression, un facteur multiplicatif, ou un carré qui est une condition supplémentaire à la progression toute simple.

Une belle explication du système 1, système 2 de D. Kahneman

La vraie capacité primitive de l’homme est celle de manier l’incertitude. La déduction n’en représente qu’un faible %.

La vraie connerie c’est celle qui ne laisse pas de place au doute.

D'autres passages sur la connerie

Il est démontré que les souvenirs négatifs s’effacent avec le temps, et que seuls les souvenirs positifs demeurent. Ainsi plus on vieillit et plus on a tendance à voir le passé comme positif, ce qui fait dire aux vieux cons : « c’était mieux avant… »

Le besoin de contrôle, que l’on a tout un chacun en nous, permet au 100 000 voyants (marabouts, extralucides) de générer un chiffre d’affaire en France d’environ 3 mds €.

La connerie est souvent victime du biais rétrospectif (j’en étais sur, je le savais …), du biais de faux consensus (surestimation des gens comme nous.. « mais personne ne s’arrête à ce stop« ), le biais d’excès de confiance (je suis au-dessus de la moyenne en général) et le biais égocentrique (« ce n’est pas mes pieds qui puent, c’est mes chaussettes« , « 3 divorces-3 connasses« …). Et enfin l’erreur d’attribution fondamentalele connard qui vient de me doubler » et non « il doit avoir une urgence.. médicale« ).

Ce qui indéniablement, a tendance à nous faire voir des cons de partout.

QI

Par convention, le QI moyen d’une population est de 100

Le mot « con » est machiste puisqu’il dérive du sexe féminin. (latin cunnus : gaine, fourreau). C’est vraiment con !

Boris Cyrulnik - et le sophisme (Neuropsychiatre et directeur d'enseignement à Toulon)

Si j’affirme que l‘effet psychopharmacologique de 

2 comprimés de vitamines B6 équivaut exactement à l’effet d’un comprimé de vitamine B12, 

la logique mathématique me sert de leurre pour vous faire croire à une logique.
Certains parleront de sophisme.

Adapté à un autre domaine, une logique peut devenir une connerie.

Image parAlexas_Fotos de Pixabay

Cherchez l’erreur !

Lorsqu’ils diagnostiquèrent une tumeur de pancréas en oct. 2003, les médecins pleurèrent d’émotion en découvrant que la tumeur était opérable. Mais Steve Jobs refusa d’être opéré. Bouddhiste et végétarien, il était sceptique à l’égard de a médecine et croyait fermement dans des méthodes alternatives. En 2004, de nouveaux tests montrèrent le peu d’effet de ces approches alternatives, et des métastases. Il accepta l’opération, mais sans doute trop tard.

La repentance de l’église au sujet de la condamnation de Galilée n’arriva qu’en … 1992 !! Le soleil comme « centre » du monde !

Trouver un sens

Notre besoin de trouver un sens à la vie, nous rend influençable par l’obscurantisme. Si les autres nous transmettent une explication qui correspond à notre vision du monde ou qui nous dispense de la chercher par nous-mêmes, la facilité est de l’adopter. D’autant plus si elle s’accorde avec notre intuition.

Chercher le destin, la fatalité, la conspiration, l’intention, bonne ou mauvaise, derrière le hasard est un biais universel. Il n’y a pas de fumée sans feu !

Narcissique

Selon une enquête, le con serait quelqu’un qui manque d’intelligence émotionnelle et reste abusé de lui-même tout en abusant des autres du fait de son égocentrisme.

Selon les études, le trouble de personnalité narcissique atteint 0.8% à 6% de la population et il serait de plus en plus fréquent dans les jeunes générations nées après la généralisation d’internet.

La possibilité d’avancer masqué grâce à un pseudo autorise l’internaute à tous les excès sans courir de grands risques. Hors les gens aiment juger, et se construire une image (Esse est percipi – être, c’est être perçu).

La femme tirait avec un pistolet sur son mari au niveau de la poitrine, lequel était protégé par une encyclopédie censée arrêter la balle « Pedro et moi allons probablement enregistrer l’une des vidéos les plus dangereuses jamais tournées ». Elle fut finalement condamnée à 6 mois de prison pour avoir abattu son compagnon. Merci les défis !

 

Le numérique

En règle générale, les nouveaux médias numériques sont merveilleux pour les intelligences multiples. Mais attention, les groupes peuvent présenter une intelligence collective, mais aussi une bêtise collective.

Dan Ariely et l’économie comportementale (chaire au MIT US)

L’économie standard définit un acteur (consommateur et producteur) rationnel et en déduit des conclusions politiques sur la façon dont on doit gérer l’économie (Si les gens sont obèses, c’est par choix car ils mangent trop !).

L’économie comportementale, plus réaliste, analyse comment les gens agissent effectivement. Beaucoup de gens obèses souhaitent manger moins. Mais ils ont du mal à résister (tentations, contrôle, fausses évaluations sur leur engagement, compensation, gestion des émotions..)

Comme bien présenté dans l’expérience du chamallow, nous sommes en permanence soumis à des dilemmes. 

Réviser ? Ou aller au cinéma ? 

Pour un étudiant, c’est bien un choix entre un bénéfice immédiat (plaisir du ciné) et un coût repoussé dans un avenir d’une part, et d’autre part un coût immédiat (déplaisir de ne pas aller au ciné) et un bénéfice escompté (meilleur chance de réussite à l’exam).

La ruse de Dan lors d’un traitement que tous les autres patients ont arrêté, car trop dure. « J’ai associé mentalement le médicament à une récompense plutôt qu’à une souffrance. A chaque prise je regardais une vidéo, ce que j’adore ».

Ainsi aux US il a été démontré que si la compagnie d’électricité fournit une petite boule lumineuse d’ambiance, s’allumant au rouge dès que la consommation dépasse un certain seuil, elle permet de diminuer significativement la consommation d’électricité des ménages.

L’intuition

Connerie, paresse intellectuelle, auto complaisance et narcissisme semblent ainsi consubstantiels (inséparable), et convergent sur le triomphe de l’intuition.
« Mon opinion et ma réaction sont les bonnes, puisque ce sont les miennes« . Celui qui ne fait pas suffisamment preuve de « sincérité », d’ « authenticité », d’aplomb  et de conviction se discréditera d’emblée.

Ainsi l’intuition, la sincérité, la subjectivité deviennent un moyen sûr de ne jamais être pris en défaut, et même de se dissimuler à soi-même sa propre connerie.

La raison des Lumières

Héritage des Lumières, l’idéal démocratique impliquait les progrès de la raison. Les scories d’animisme (attribuer une âme aux choses) étaient censées disparaître grâce au développement de l’éducation et l’avancée de la science.

Cette conviction s’est avérée en partie illusoire. Les sociétés ont besoin de sacré. La raison s’engage avec les fantasmes, les envies, les pulsions, le grand théâtre des passions individuelles et collectives, des masses revendicatrices.

Toute société se crée un idéal de groupe qui exige son négatif.

La compagnie Korean Air, suite à des accidents meurtriers, mena une enquête révélant l’excès de hiérarchie comme cause principale. A l’aube des années 2000, le nouveau dirigeant de la compagnie imposa une série de pratiques totalement contraire aux pratiques antérieures ainsi qu’aux traditions culturelles du pays. Résultat : la compagnie figure aujourd’hui parmi les plus sures au monde.

  • La communication doit l’emporter sur la hiérarchie
  • La promotion au mérite et non à l’ancienneté
  • Formation aux facteurs humains obligatoire
  • Principe de non-sanction des erreurs.

Ce dernier principe allant à l’encontre de l’opinion commune. Dès que se produit un accident, un même cri s’élève de partout « qui est le coupable ? »

Unanimité ? méfiance !

Si la décision au sein d’un groupe est prise à l’unanimité, c’est surement la bonne. Oui, s’il n’y a pas de faux consensus. Des membres du groupe se sont tus parce qu’ils craignaient de contredire leur chef, parce qu’ils se croyaient minoritaires.

  • L’invitation à chacun d’exprimer son opinion personnelle
  • L’inclusion d’un avocat du diable
  • Le fameux pre-mortem de D. Kahneman

Une étude récente, citée par Ch. Morel, illustre l’intérêt des formations aux facteurs humains. Dans 74 centres de chirurgie aux US qui avaient suivi cette formation, la mortalité a chuté de 18%, contre 7% dans les 34 centres témoins sans formation.

 

Versailles

Château de Versailles, ce 19 septembre 1783, un canard, un coq et un mouton s’envolent dans un panier d’osier et son ballon à air chaud des frères Montgolfier. Malgré l’infortune d’une déchirure du ballon qui abrégera le vol historique des 3 héros, qui seront royalement récompensés, l’histoire de l’aérospatiale commence.

Dans le monde, près de 100 M d’animaux sont utilisés en laboratoire. En parallèle c’est 70 Md d’oiseaux et de mammifères qui sont abattus pour l’alimentation.

Près de 2/3 des personnes, qui considèrent l’abolition de l’utilisation vestimentaire de leur peau comme une priorité, admettent porter des vêtements ou des chaussures en cuir.

Quelle serait la proportion des têtes blondes qui estiment que les glandes mammaires des vaches secrètent spontanément du lait sans veau à allaiter. Les paris sont ouverts.

En conclusion, si pour d’aucun la viande aura contribué au développement du cerveau chez nos ancêtres, il se pourrait bien qu’elle ait désormais changé de camp.

Alison Gopnik et internet (Professeure de psychologie et de philosophie à Berkeley US)

Les écrans rendent-ils nos enfants stupides ?

C’est une excellente question dont on ne connaîtra pas la réponse avant des années. A mon avis, les écrans vont aider les enfants à développer leur intelligence autrement. Un bon exemple est Socrate qui condamnait la lecture parce qu’elle dispense de développer sa mémoire. Si vous disposez de toutes les informations du monde au bout des doigts, il est difficile d’imaginer que ça va vous abêtir.

Plus une espèce compte sur l’apprentissage plutôt que sur son instinct, et plus elle est intelligente (papillons, corbeaux…).

Histoire d’une jeune adolescente noire se faisant harceler au collège:

« C’est bien ce qu’on pensait, tu te mets du caca partout, tous les matins. Vous êtes dégueulasses, vous, les Noirs »

Réponse cognitive : « Oui, c’est vrai, c’est pour cela qu’on attire les mouches à merde. Viens Isabelle, viens ! Je sais que tu ne peux pas t’en empêcher »

Et si le rêve nous permettait d’échapper à la connerie ?

Premièrement, 90% des rêves sont hautement cohérents. Notre mémoire est sélective. Nous ne nous souvenons que des rêves les plus étranges, intenses et émotionnellement saillants.

84% de nos rêves contiennent des éléments autobiographiques. A priori si on est con la journée, il y a peu de chance que cela change la nuit. Une chose est sure. Les paroles nocturnes sont souvent ordurières (vulgarité, violence verbale, sarcasmes…).

Sur 700 étudiants en médecine « étudiés », 60% des participants avaient rêvé du concours. Dans 78% des cas, les rêves étaient de véritables scénarios catastrophiques. Le rêveur broie donc du noir. Mais plus ils avaient rêvé du concours et mieux ils l’avaient réussi… (C5s: attention aux biais !!!)

Les rêves pourraient nous permettre de mieux digérer nos émotions.

Les cauchemars seraient alors une faillite du processus de traitement des émotions pendant le sommeil.

Le cerveau pendant les rêves deviendrait improvisateur, rebondissant d’une association à l’autre, permettant la réorganisation de nos expériences et l’émergence de nouvelles idées susceptibles d’être exploitées à l’éveil (ex d’Einstein).

Une vérité scientifique bénéficie d’une espérance de vie d’une dizaine d’années.

Mais la pire des bêtises, c’est de se croire intelligent. D’un autre côté, un esprit qui s’avouerait constamment qu’il est dans le flou, dans le doute verserait dans l’autre extrême presque aussi bête que le premier.

Ce qui a manqué le plus pendant des siècles, l’information, nous en sommes aujourd’hui submergés.

A l’université, la plupart des philosophes ne font jamais de philosophie, mais uniquement de l’histoire de la philosophie. « Platon a dit ceci…. ». Sinon ils révéleraient leur connerie.

Lacan disait que lorsqu’on psychanalyse un con, il devient méchant parce qu’il prend conscience de son insuffisance.

La démesure

Les psychologues sont obsédés par la passion de la mesure. C’est une malédiction car ça évite d’avoir des idées. A quand remonte la dernière création en manière de psychologie ? Il y a 70 ans peut-être… (C5s: autre biais ??)

Quelque uns de mes collègues les plus âgés ont tenté de mixer la psychanalyse et le marxisme. Si vous persistez aujourd’hui là-dedans alors que vous a démontré que la psychanalyse est morte et que le marxisme est une catastrophe, là on peut dire que vous êtes con.

La démocratie réelle, directe existe enfin grâce aux réseaux sociaux. Le peuple y bénéficie d’une parole équivalente à celle de n’importe qui. Par contre on n’avait pas imaginé qu’en mettant en œuvre cette démocratie directe, on allait faire apparaître la connerie des ¾ de ses utilisateurs.

Une émotion, c’est de l’intelligence compactée.

Plus vous êtes intelligent, plus vous êtes capable d’émotions complexes. Il faut arrêter d’opposer l’émotion et l’intelligence !

Les gens ne sont pas plus cons qu’avant, ils le sont même plutôt moins, mais cela se voit davantage.

Stacey Callahan et l’acceptation (Professeure de psychologie clinique et psychopathologie à Toulouse)

L’acceptation de soi fut surtout mise en avant par Albert Ellis. Il a été inspiré par des philosophes stoïciens (Sénèque…).

Nos actions ne définissent pas notre identité. Faire une connerie n’équivaut pas à être un « con ». Sauf si l’on ne sait pas s’excuser sincèrement. Même si s’excuser nous met sur un chemin le plus souvent inconnu.

Accepter notre connerie nous permet non seulement de les dépasser mais d’apprendre auprès d’elles. Apprendre à nous accepter, apprendre à être authentique.

Attention, car l’acceptation de soi (ACT et mindfulness) est parfois confondue à tort avec l’estime de soi, qui dans sa définition originale, s’appuie fortement sur la notion de performance et qui s’avère très instable avec le temps. Par ailleurs, l’acceptation peut se voir confondue avec la résignation, la passivité. L’acceptation ne propose pas de nier nos déficiences mais au contraire de les accepter, et de les faire progresser.

Conclusion C5s sur la connerie

Le bénéfice du doute semble générer 20 ans entre un modèle innovant publié et sa reconnaissance et bien plus pour son application fonctionnelle. La science demande de la patience.

Un condensé merveilleux de vérités (valables uniquement 10 ans ), d’idées, de cognitions, d’informations mais aussi de biais … et donc peut-être quelques conneries. Pour reprendre le concept de la liste dans l’introduction de Jean Cottraux, à chacun d’estimer ou pas les cons. L’essentiel pour le lecteur étant d’être demain un peu moins con. 

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