Psychologie de la connerie

Connerie, vous avez dit quoi ?

Trente auteurs, trente regards sur la connerie humaine

Trente auteurs, trente regards sur la connerie humaine, en positif comme en négatif. Psychologues, philosophes, sociologues ou écrivains français et étrangers, sous la direction de Jean-François Marmion, livrent ici un recueil aussi rafraîchissant que décapant — sauf peut-être pour les avares cognitifs (faites le test !).

Nous sommes tous, à un moment ou un autre, des « cons occasionnels ». Une bourde passagère, sans grandes conséquences. Mais nous sommes aussi toujours le con de quelqu’un. En fin de compte, ce livre ne parle que de vous, de moi. Même si nous refuserons probablement de nous y reconnaître.

Les biais cognitifs, terrain fertile de la connerie

Les biais cognitifs sont ces raccourcis mentaux, souvent utiles, mais parfois trompeurs. Ils orientent notre raisonnement et nous font dévier des règles de logique ou de probabilité. Tentés par l’heuristique, nous optons pour le plus simple, au risque de sombrer dans l’erreur… et la connerie.

« Je déteste qu’on me fasse passer pour un con, j’y arrive très bien tout seul »

Quelques passages marquants

Yves-Alexandre Thalmann – Créativité et stupidité Stupidité et créativité partagent parfois les mêmes racines. Sortir des normes, transgresser l’interdit, peut nourrir tant la bêtise que l’innovation. L’intelligence ne prémunit ni contre les biais ni contre la connerie. A force de faire l’expérience de transgressions non sanctionnées (excès de vitesse…), le cerveau intègre qu’il encourt très peu de risques, voir aucun … jusqu’au jour où…

Daniel Kahneman – Systèmes 1 et 2 Nos critiques internes, nos obsessions, relèvent d’un déséquilibre entre les systèmes de pensée. Quand le système 2 (rationnel) échoue à contrôler le système 1 (intuitif), les dérives s’installent.

Pierre Lemarquis – Moins on sait, plus on affirme La certitude naît souvent du vide. Là où la connaissance s’approfondit, le doute s’installe.

Aaron James – La célébrité ne protège pas de la connerie Même les figures les plus vénérées n’échappent pas aux comportements douteux. Rousseau en est un exemple emblématique. JJ Rousseau a lui-même abandonné ses nombreux enfants, et aurait acheté une jeune fille de 12 ans.

Jean-François Marmion & Ewa Drozda-Senkowka – Expériences cognitives Exercices et tests révèlent notre propension au biais de confirmation et notre mauvaise gestion des intuitions.

JF Marmiton, Ewa Drozda-Senkowka et le biais de confirmation de Peter Watson

Exercices et tests révèlent notre propension au biais de confirmation et notre mauvaise gestion des intuitions.

4 cartes : K, A, 8, 5

 

Seuls 20% trouvent tout de suite la solution

 

Exercice #2:

« 2-4-6 » est une suite logique

 

La tâche parait très facile et banale, jusqu’au moment où l’on vous signifie que vous avez tout faux !

Une belle explication du système 1, système 2 de D. Kahneman

La vraie capacité primitive de l’homme est celle de manier l’incertitude. La déduction n’en représente qu’un faible %.

La vraie connerie c’est celle qui ne laisse pas de place au doute.

La connerie, une affaire de mémoire, d’égo et d’oubli

Serge Ciccotti montre comment la mémoire, sélective, efface les mauvais souvenirs. Ainsi plus on vieillit et plus on a tendance à voir le passé comme positif, ce qui fait dire aux vieux cons : « c’était mieux avant… ». La connerie repose aussi sur une surestimation de soi, une erreur d’attribution permanente, ou une vision égocentrée du monde.

Le besoin de contrôle, que l’on a tout un chacun en nous, permet au 100 000 voyants (marabouts, extralucides) de générer un chiffre d’affaire en France d’environ 3 mds €.

La connerie est souvent victime du biais rétrospectif (j’en étais sur, je le savais …), du biais de faux consensus (surestimation des gens comme nous.. « mais personne ne s’arrête à ce stop« ), le biais d’excès de confiance (je suis au-dessus de la moyenne en général) et le biais égocentrique (« ce n’est pas mes pieds qui puent, c’est mes chaussettes« , « 3 divorces-3 connasses« …). Et enfin l’erreur d’attribution fondamentale (« le connard qui vient de me doubler » et non « il doit avoir une urgence.. médicale« ).

Ce qui indéniablement, a tendance à nous faire voir des cons de partout.

La science, les médias et l’illusion de savoir

François Jost, Howard Gardner, Dan Ariely ou encore Delphine Oudiette nous rappellent combien la bêtise se glisse dans la foule, le groupe, les écrans, les certitudes. La connerie aime l’unanimité, fuit le doute, et déteste les signaux d’alerte.

Narcissisme, sophismes et biais rétrospectifs

De la psychologie du narcissique (Jean Cottraux) aux sophismes logiques (Boris Cyrulnik), les biais cognitifs s’avèrent redoutablement efficaces pour justifier l’injustifiable. Il suffit d’un raisonnement fallacieux, d’une croyance malmenée, ou d’un souvenir réécrit, pour construire une connerie crédible.

Si j’affirme que l‘effet psychopharmacologique de 

2 comprimés de vitamines B6 équivaut exactement à l’effet d’un comprimé de vitamine B12, 

la logique mathématique me sert de leurre pour vous faire croire à une logique.
Certains parleront de sophisme.

Adapté à un autre domaine, une logique peut devenir une connerie.

Trouver un sens, pour le meilleur et le pire

Lorsqu’ils diagnostiquèrent une tumeur de pancréas en oct. 2003, les médecins pleurèrent d’émotion en découvrant que la tumeur était opérable. Mais Steve Jobs refusa d’être opéré. Bouddhiste et végétarien, il était sceptique à l’égard de a médecine et croyait fermement dans des méthodes alternatives. En 2004, de nouveaux tests montrèrent le peu d’effet de ces approches alternatives, et des métastases. Il accepta l’opération, mais sans doute trop tard.

La repentance de l’église au sujet de la condamnation de Galilée n’arriva qu’en … 1992 !! Le soleil comme « centre » du monde !

Trouver un sens

Notre besoin de trouver un sens à la vie, nous rend influençable par l’obscurantisme. Si les autres nous transmettent une explication qui correspond à notre vision du monde ou qui nous dispense de la chercher par nous-mêmes, la facilité est de l’adopter. D’autant plus si elle s’accorde avec notre intuition.

Chercher le destin, la fatalité, la conspiration, l’intention, bonne ou mauvaise, derrière le hasard est un biais universel. Il n’y a pas de fumée sans feu !

La raison des lumières a du sens

Héritage des Lumières, l’idéal démocratique impliquait les progrès de la raison. Les scories d’animisme (attribuer une âme aux choses) étaient censées disparaître grâce au développement de l’éducation et l’avancée de la science.

Cette conviction s’est avérée en partie illusoire. Les sociétés ont besoin de sacré. La raison s’engage avec les fantasmes, les envies, les pulsions, le grand théâtre des passions individuelles et collectives, des masses revendicatrices.

Toute société se crée un idéal de groupe qui exige son négatif.

L’intuition a du sens aussi

Connerie, paresse intellectuelle, auto complaisance et narcissisme semblent ainsi inséparable, et convergent sur le triomphe de l’intuition.
« Mon opinion et ma réaction sont les bonnes, puisque ce sont les miennes« . Celui qui ne fait pas suffisamment preuve de « sincérité », d’ « authenticité », d’aplomb  et de conviction se discréditera d’emblée.

Ainsi l’intuition, la sincérité, la subjectivité deviennent un moyen sûr de ne jamais être pris en défaut, et même de se dissimuler à soi-même sa propre connerie.

Narcissisme et génération Z

Il semblerait d’après Jean Cottraux, que le con serait quelqu’un qui manque d’intelligence émotionnelle et reste abusé de lui-même tout en abusant des autres du fait de son égocentrisme.

Selon les études, le trouble de personnalité narcissique atteint 0.8% à 6% de la population et il serait de plus en plus fréquent dans les jeunes générations nées après la généralisation d’internet.

Le collectif sur le web, une intelligence et une bétise

En règle générale, les nouveaux médias numériques sont merveilleux pour les intelligences multiples. Mais attention, les groupes peuvent présenter une intelligence collective, mais aussi une bêtise collective.

La possibilité d’avancer masqué grâce à un pseudo autorise l’internaute à tous les excès sans courir de grands risques. 

La femme tirait avec un pistolet sur son mari au niveau de la poitrine, lequel était protégé par une encyclopédie censée arrêter la balle « Pedro et moi allons probablement enregistrer l’une des vidéos les plus dangereuses jamais tournées ». Elle fut finalement condamnée à 6 mois de prison pour avoir abattu son compagnon. Merci les défis !

Les écrans rendent-ils nos enfants stupides ?

C’est une excellente question dont on ne connaîtra pas la réponse avant des années. D’après Alison Gopnik, les écrans vont aider les enfants à développer leur intelligence autrement. Un bon exemple est Socrate qui condamnait la lecture parce qu’elle dispense de développer sa mémoire. Si vous disposez de toutes les informations du monde au bout des doigts, il est difficile d’imaginer que ça va vous abêtir.

Plus une espèce compte sur l’apprentissage plutôt que sur son instinct, et plus elle est intelligente (papillons, corbeaux…).

Le paradoxe ; ce qui nous a manqué le plus, pendant des siècles se fut l’information. Nous en sommes aujourd’hui submergée.

La démocratie réelle, directe existe enfin grâce aux réseaux sociaux. Le peuple y bénéficie d’une parole équivalente à celle de n’importe qui. Par contre on n’avait pas imaginé qu’en mettant en œuvre cette démocratie directe, on allait faire apparaître la connerie des ¾ de ses utilisateurs.

L’unanimité

La compagnie Korean Air, suite à des accidents meurtriers, mena une enquête révélant l’excès de hiérarchie comme cause principale. A l’aube des années 2000, le nouveau dirigeant de la compagnie imposa une série de pratiques totalement contraire aux pratiques antérieures ainsi qu’aux traditions culturelles du pays. Résultat : la compagnie figure aujourd’hui parmi les plus sures au monde.

  • La communication doit l’emporter sur la hiérarchie
  • La promotion au mérite et non à l’ancienneté
  • Formation aux facteurs humains obligatoire
  • Principe de non-sanction des erreurs.

Ce dernier principe allant à l’encontre de l’opinion commune. Dès que se produit un accident, un même cri s’élève de partout « qui est le coupable ? »

Unanimité ? méfiance !

Si la décision au sein d’un groupe est prise à l’unanimité, c’est surement la bonne. Oui, s’il n’y a pas de faux consensus. Des membres du groupe se sont tus parce qu’ils craignaient de contredire leur chef, parce qu’ils se croyaient minoritaires.

  • L’invitation à chacun d’exprimer son opinion personnelle
  • L’inclusion d’un avocat du diable
  • Le fameux pre-mortem de D. Kahneman

Une étude récente, citée par Ch. Morel, illustre l’intérêt des formations aux facteurs humains. Dans 74 centres de chirurgie aux US qui avaient suivi cette formation, la mortalité a chuté de 18%, contre 7% dans les 34 centres témoins sans formation.

 

Et si le rêve nous permettait d’échapper à la connerie ?

Premièrement, 90% des rêves sont hautement cohérents. Notre mémoire est sélective. Nous ne nous souvenons que des rêves les plus étranges, intenses et émotionnellement saillants.

84% de nos rêves contiennent des éléments autobiographiques. A priori si on est con la journée, il y a peu de chance que cela change la nuit. Une chose est sure. Les paroles nocturnes sont souvent ordurières (vulgarité, violence verbale, sarcasmes…).

Sur 700 étudiants en médecine « étudiés », 60% des participants avaient rêvé du concours. Dans 78% des cas, les rêves étaient de véritables scénarios catastrophiques. Le rêveur broie donc du noir. Mais plus ils avaient rêvé du concours et mieux ils l’avaient réussi… (C5s: attention aux biais !!!)

Les rêves pourraient nous permettre de mieux digérer nos émotions.

Les cauchemars seraient alors une faillite du processus de traitement des émotions pendant le sommeil.

Le cerveau pendant les rêves deviendrait improvisateur, rebondissant d’une association à l’autre, permettant la réorganisation de nos expériences et l’émergence de nouvelles idées susceptibles d’être exploitées à l’éveil (ex d’Einstein).

Acceptation, émotions et doute salutaire

Accepter d’avoir été con est peut-être le premier pas vers l’intelligence. Comme le souligne Stacey Callahan : faire une connerie ne fait pas de nous un con… sauf si on refuse de l’assumer. L’acceptation, loin de la résignation, devient un levier de croissance.

Conclusion : entre lucidité et auto-dérision

Ce livre est un condensé brillant de vérités (éphémères), d’hypothèses (incomplètes), de cognitions (parfois erronées), et de biais (nombreux). Et donc, inévitablement… quelques conneries.

Les gens ne sont pas plus cons qu’avant, ils le sont même plutôt moins, mais cela se voit davantage.

Mais qu’importe. Comme le disait Jean Cottraux : il ne s’agit pas d’éliminer les cons, mais de commencer par être un peu moins con demain qu’aujourd’hui.

Nos autres articles :

 

En savoir plus sur @Prisme

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Tags

Laisser un commentaire

LIVRE

L’Ennéagramme moderne

Pour ceux qui veulent comprendre l’ennéagramme à travers le prisme de la psychologie moderne

Le livre sur Amazon›

En savoir plus sur @Prisme

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture