Ensemble en couple à partir des travaux de Jacques Salomé, psychosociologueÂ
« Ce que nous demandons le plus, ce n’est pas d’être aimés… mais d’être choisis. »
Nous attendons de l’autre qu’il comble une blessure ancienne, souvent inconsciente. Cette exigence silencieuse est au cœur de bien des dynamiques de couple.
De la rencontre à la relation
Ce qui fait durer un couple, ce n’est pas l’amour seul, aussi intense soit-il, ni les sentiments, aussi sincères soient-ils. C’est la qualité de la relation qu’ils sauront construire ensemble.
Au début, la fusion amoureuse domine :
1 + 1 = 1, dans l’illusion de ne faire qu’un.
Mais pour vivre une relation véritable, il faut apprendre à :
1 + 1 = 2, c’est-à -dire deux êtres différenciés, autonomes, en lien.
Puis, idéalement :
1 + 1 = 3, car il y a toi, moi… et la relation.
Avant la rencontre : attentes et illusions
Deux stratégies guident souvent la quête amoureuse :
Active : séduire, plaire, convaincre l’autre qu’on est « le bon choix ».
Passive : attendre que l’autre vienne combler nos attentes implicites. C’est le « syndrome de la Belle au bois dormant » : on rêve que quelqu’un d’autre nous sauve.
Nous cherchons un autre « semblable » ou « différent », mais toujours complémentaire. Et dans cette recherche, se mêlent attirance, espoirs, blessures et peurs.
Détruire le mythe du couple télépathique
« Si elle m’aimait vraiment, elle devinerait mes besoins. »
Ce fantasme est un poison. Il tue la parole et creuse l’incompréhension. Une relation vivante demande communication, engagement et différenciation.
Construire un couple, c’est traverser des crises
Passer de la passion à la relation stable implique des conflits, des doutes, des ajustements. Il ne s’agit pas de tout faire ensemble, mais de pouvoir vivre ensemble tout en restant soi-même. Vivre ensemble c’est définir un projet commun (pas commun dès le départ!), à définir ensemble et à faire évoluer par des échanges où seront mises en commun … des différences.
1 + 1 = 3
Dans un couple, apprendre à communiquer au présent, c’est surtout apprendre à mieux se différencier. Ainsi vivre en couple, ce sera prendre le risque de communiquer mais aussi de se montrer capable de s’engager.
L’harmonie n’est pas de tout faire ensemble, mais de pouvoir partager ensemble un maximum en osant vivre parfois pour soi … en dehors de la proximité immédiate de l’autre.
Passer de la fusion (1 + 1 = 1) à l’alliance suppose d’accepter d’accorder une valeur à la relation. Nous sommes toujours 3 en vivant à 2: toi, moi et la relation: 1 + 1 = 3. Toi à ton extrémité … et moi à la mienne.
Une image parlante : la relation comme une écharpe à deux extrémités. Chacun est responsable de sa propre extrémité.
La responsabilité, pas la culpabilité
« Je suis responsable de ce que j’envoie à l’autre, y compris mon silence. Et de ce que je reçois. »
Dans beaucoup de couples, il y aura une dramatisation excessive. Tout semble se problématiser, dans la plupart des actes de la vie quotidienne. Cette cristallisation intense et soudaine des énergies défensives ou d’affirmation ouvre une phase doublement conflictuelle (inter-conflit avec le partenaire mais aussi intra-conflit au profond de soi).
Découvrir qu’une relation est un processus vivant, la concevoir comme un tiers à respecter, à nourrir, à valoriser, à stimuler, sera une étape majeur dont dépendra le devenir amoureux.
Des résistances actives ou souterraines se développent. Proportionnellement à l’intensité des peurs latentes. Elles donneront lieu à des sabotages, régressions ou à des blocages dont la principale fonction sera de tenter d’échapper à cette responsabilisation structurante mais combien redoutée.
Oui, je suis responsable, c’est à dire partie prenante de ce que j’envoie (silence y compris) vers l’autre et de ce que je reçois de lui.
Être responsable, ce n’est pas être coupable ou fautif. C’est reconnaître que notre part compte, que nous participons à la qualité de la relation. Pas seulement dans l’intention, mais dans les actes concrets du quotidien.
La communication : clé de la vitalité relationnelle
Plus une communication est intime, plus l’échange non-verbal est important.
« je n’attends pas une adhésion à ce que j’exprime mais seulement une écoute. Et surtout une reconnaissance, c’est à dire une confirmation que ce que je vis m’appartient.
Les malentendus dans les rapprochements sensuels et sexuels ont pour origine des blocages et des refus et ne sont pas comme beaucoup de partenaires le croient une défaillance ou un changement dans les sentiments (la fameuse usure).
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Communiquer
veut dire mettre en commun. Ce qui est différent de vouloir s’entendre, d’être d’accord, de convaincre ou d’éviter les conflits.
La principale plainte des femmes aujourd’hui porte sur le silence frustrant et même le refus de s’exprimer de certains hommes (note; de moins en moins l’apanage des hommes, et de plus en plus fréquent chez les femmes: nouvelles générations!).
Cette parole qui semble impossible, bloquée, interdite chez certains hommes (partenaires) pour tout ce qui touche à l’intime d’eux-mêmes, au ressenti, au vécu et aux émotions, est à l’origine de la carence et de la difficulté la plus fondamentale, me semble-t’il, des couples d’aujourd’hui.
Le manque d’échanges et de partages verbaux est une avitaminose du couple contemporain. « Pourquoi faudrait-il que ce soient les hommes qui s’adaptent en permanence aux langages des femmes? » … une relation a 2 extrémités.
Dans le vécu intime, les besoins de chacun, se jouent à différents niveaux. Il s’agira de les entendre comme tels, dans leur complexicité, qu’ils soient ambivalents, contradictoires ou même paradoxaux.
Parfois faute de reconnaître ce conflit à l’intérieur de moi, je vais le projeter sur l’autre. Parfois si je n’arrive pas à me décider, le choix s’imposera à moi de l’extérieur.
Paradoxes et sabotages
Certains demandent avec insistance ce qu’ils redoutent de recevoir : affection, reconnaissance, proximité… mais n’y croient pas ou les rejettent aussitôt. Ces paradoxes génèrent de la confusion et peuvent entraîner des comportements d’auto-sabotage.
Quand l’un des 2 partenaires s’acharne à demander à l’autre ce que justement il ne peut donner. Parfois quand l’un quémande explicitement et avec insistance, des attentions, une reconnaissance, une complicité qu’à la fois il redoute, refuse ou ne parvient pas à croire possible.
Face à un tel paradoxe, aucune réponse ne pourra être véritablement satisfaisante (nb: cravate rouge, cravate verte). Le paradoxe crée de la confusion chez l’autre et génère des comportements d’auto-sabotage. Le sabotage relationnel est parfois une activité à temps plein chez certains conjoints.
Un couple éveillé sera un couple capable de pouvoir partager et clarifier ensemble cette double dynamique « libre-choix-plaisir » chez l’un, « devoir-obligation » et « plaisir qui se dérobe » chez l’autre.
L’éducation affective : des fondations inégales
Filles et garçons n’ont souvent pas reçu le même « biberon relationnel ». Les filles ont été exposées à des injonctions affectives : « tu es aimée si tu fais plaisir ». Les garçons à des attentes silencieuses : « débrouille-toi pour comprendre ce que j’attends ».
Ce décalage alimente plus tard frustrations et incompréhensions dans le couple.
La future femme se construit ainsi trop souvent sur cette sorte d’escroquerie affective « je suis aimée quand je fais plaisir, quand je ne fais pas de la peine, .. »
Enfermement dans des systèmes implicites, en référence aux sentiments de justice ou d’injustice, … (note: voir les 5 blessures).
Celui qui dit et qui prétend « mais je n’ai pas besoin, moi, que la salle de bains soit propre, je n’ai pas l’angoisse d’un lit non fait », celui-là , sans le savoir clairement, pose et impose des exigences … celles de son laxisme.
Le maître mot de cette phase relationnelle sera celui de la responsabilisation de ses actes (ou non actes). Je ne rends plus l’autre responsable de ce qui m’arrive. Je me sens et je me positionne comme entièrement responsable et partie prenante de ma vie.
L’apprentissage possible mais souvent difficile à ce stade de la relation consiste à renoncer à vouloir changer l’autre.
Sexualité et intimité
Une sexualité insatisfaisante n’est pas nécessairement le signe d’un manque d’amour. Elle peut être passagère et doit être replacée dans la dynamique globale de la relation.
Créer une double intimité est essentiel :
Une intimité commune : celle que l’on partage ensemble.
Une intimité personnelle : que chacun doit préserver.
Le respect de cette dualité permet à chacun d’exister sans s’effacer.
Vivre ensemble sans se perdre
Les enfants ont tendance (et nous les laissons trop souvent faire) à s’approprier et à envahir l’entièreté de l’espace familial.
L’intimité c’est aussi se préserver sur le plan des échanges, des témoignages ou des confidences. Ce que je te dis appartient à notre relation. Pour cette raison, chaque fois que je transgresse l’exigence d’intimité d’un échange personnalisé, je prends le risque de blesser non seulement l’autre personne mais également la relation.
Le propre d’un désir est qu’il a besoin d’être entendu, le besoin a besoin lui, d’être accueilli et reçu même s’il n’est pas directement satisfait.
Nous avons tous besoin d’une bonne distance:
Entre abandon et proximité.
Entre donner et recevoir.
Entre liberté et confiance.
L’équilibre de la relation est fait de ces allers-retours.
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La clé : ne pas construire des projets en creux (« je ne serai pas là mardi ») mais en plein (« je serai présent mercredi, et voilà ce que je propose de vivre ensemble »).
Conclusion : le risque d’aimer
Aimer, c’est accepter l’imprévisible, le changement, l’évolution.
C’est prendre le risque de ne plus être les mêmes au fil du temps, et pourtant, choisir encore, choisir toujours, d’être ensemble.
Pour aller plus loin :
Love Profil® : 50 % des personnes sont dites « sécures » en amour. Et vous ? Et votre partenaire ?
Connaissance de soi, ennéagramme, auto-sabotage… autant d’outils pour mieux se comprendre et mieux aimer.
- Guide Sauver son couple
- Guide anti-sabotage
- Tests de la relation amoureuse
- Quel est votre Love Profil ®
- L’auto-sabotage
- L’ennéagramme
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